Rien de tel qu'un fait divers sanglant pour un premier post.

Le cas est simple: un jeune Thaïlandais de 19 a assassiné un chauffeur de taxi, en s'inspirant de GTA IV. Ce "copycat killing", l'expression est d'ailleurs assez symptomatique (un meurtre virtuel est imité et produit dans la réalité, transfert de sérialités), a entraîné une vague de protestation en Thailande. Et pourtant, il n'y a pas eu besoin de faire pression auprès des autorités pour retirer le jeu à la vente. Le distributeur local, New Era Interactive Media a ordonné le retrait de toutes les copies du jeu. Le jeune homme encourt la peine de mort, étant inculpé pour vol, détention d'armes (deux couteux) et crime.

Le plus intéressant dans cette histoire n'est pas tant le fait divers que les discours et différents positionnements des acteurs.

  • L'association "Family Network" a demandé au Ministère de la culture le retrait du jeu, après tout rien de plus normal. Mais la première réaction des pouvoirs publics est une certaine prudence.
  • Le chef de la police se prononce : "jouer n'est pas un crime. Les tirs se font dans le cyber-espace. Mais le jeu peut rendre les joueurs agressifs et violents, aussi les experts devraient approfondir la chose."
  • Un des membres du ministère de la santé mentale renchérit, doutant que le jeu soit la seule cause ayant déclenché ce comportement.
  • Le ministère de la santé s'empresse d'interpeller les parents afin qu'ils veillent aux jeux pratiqués par leurs enfants.


Les proches du jeune Thailandais ont par ailleurs remarqué qu'il était devenu angoissé, que quelque chose n'allait pas. GTA comme unique facteur explicatif du crime ne les satisfait pas.

Pourtant le distributeur retire le jeu. Après trois mois de vente. Quand on connait les cycles du marché du jeu vidéo, passé le premier mois, les ventes deviennent de plus en plus marginales. Beau coup de pub pour ce distributeur "responsable" (le graal dans nos sociétés libérales), retirer ce jeu après avoir vendu la grande majorité des copies, l'investissement n'est pas si mauvais. Comme quoi un bon investissement symbolique peut valoir quelques baths.

Affaire classée. L'honneur est sauf, et les jeunes thailandais pourront toujours se le procurer chez MBK, le grand supermarché de Bangkok, notoirement connu pour les origines obscures de certains de ses produits électroniques.