Un club de strip tease copié dans GTA SA?
Par olivier le samedi 8 novembre 2008, 10:57 - réflexions - Lien permanent
Vu sur gamasutra, jugement rendu ici, un cas de violation de propriété intellectuelle intéressant (et racoleur en plus).
Le propriétaire de la boite de strip tease, le Play Pen à Los Angeles, accuse rockstar d'avoir copié son club pour le mettre dans San Andreas, avec son ersatz le Pig Pen.
La décision du jugé fédéral est d'autant plus révélatrice de la volonté de Rockstar de faire de San Andreas une L.A virtuelle :
Ce quartier (East LA), avec tout ce qui le caractérise, relève du but artistique de Rockstar qui est de développer un style cartoonesque parodiant LA. (...) Certainement, la seule manière, et ce d'une façon raisonnable, pour accomplir ce but qui est de recréer une masse critique de l'activité économique et des immeubles qui constitue ce quartier.(trad de mon cru, alors bon.. on est gentil)
Un jugement assez fin et plein de bon sens qui se poursuit avec une certaine ironie qui ferait pâlir les entrepreneurs de morale :
Le jeu San Andreas n'est pas complémentaire du Play Pen ; les jeux vidéo et les clubs de strip tease ne fonctionnent pas ensemble comme une calèche et son cheval, ou pardonnez la comparaison, l'amour et le mariage. Rien n'indique que le public d'acheteur puisse croire que ESS (propriétaire du Play Pen) produit le jeu vidéo, ou a fortiori, que Rockstar est une boite de strip tease.
Et de conclure :
Déterminé, l'ESS fait également valoir que, parce que les joueurs sont libres d'ignorer l'histoire et passer autant de temps qu'ils le souhaitent au Pig Pen, le Pig Pen peut être considéré comme une partie importante du jeu, ce qui conduirait à la confusion. Mais les fans peuvent passer l'ensemble des neuf manches d'un match de base-ball au stand de hot-dog, ceci rend difficilement le Dodger Stadium asimilable à une boucherie.

En même temps, je serai propriétaire du Play Pen, je serais ravi d'avoir une pub dans un GTA, qui de ce fait le consacre comme un lieu mythique. Y a bien des gens qui vont en pèlerinage à Berque depuis les Cht'i....
Ce précédent juridique ouvre toutefois une certaine perspective problématique :
- les producteurs de jeux vont-ils devoir demander aux localités des autorisations de modélisations des rues ?
- une modélisation fictionnelle en 3D est-elle une modélisation photo-réaliste, est-elle soumises aux même restriction que celles encadrant les films, la photo? Par exemple, on se souvient de google street et des visages floutés.
Les jeux de Rockstar interprètent librement les espaces urbains. Oui il y a des points de ressemblance, par exemple l'Empire ou la statue de la Liberté dans GTA4, mais pour autant l'œuvre créatrice est justement cette modélisation libre, inspirée du réel, mais non pas le réel.
J'en appelle aux juristes et avocats urbanistes pour m'éclairer sur ce point : un bâtiment doit certainement être la propriété d'une personne privée ou morale. Jusqu'à quel point peut-on dépeindre le bâtiment ? Doit-on avoir l'accord des musées nationaux pour prendre le Louvre, de la mairie de Toulouse pour photographier le Capitole, de l'Etat français pour les couchers de soleil sur les eaux territoriales ? A priori, il doit bien y avoir des trucs qui relèvent du domaine public, à cause des contraintes des plans d'urbanismes.
Manque plus que Jesus et Dieu fassent un recours pour usurpation d'omnipotence créative et institution fictionnelle d'univers digitaux. Vraiment, une définition juridique du jeu vidéo est pas gagnée quand on voit la pluralité des enjeux et les particularismes des droits nationaux.
Et je ne suis pas sûr que nos autorités compétentes (politiques et industrielles) puissent anticiper, voire même imaginer la multitude des problématiques actuelles. Surtout quand la procédure juridique devient en soi un jeu d'argent.
Commentaires
Désolé de faire le cuistre, mais comme on m'a fait la lecon il ya qq années sur le droit à l'image, je vais dire ici ce qui m'en est resté. Si des juristes passent par là, qu'ils me corrigent ou précisent.
Olivier: Pas besoin d'être spécialisé dans les questions d'urbanisme pour répondre à tes interrogations. La représentation d'un bâtiment (et plus largement d'un bien), qu'il soit public ou privé, relève (en tout cas en France - c'est là que ca se corse si on cause de GTA) du droit à l'image.
S'il s'agit d'un bien public, tu peux en publier une photographie à conditions de respecter les droits d'auteur de l'architecte (à savoir son autorisation moyennant pépètes), si et seulement si le dit bâtiment est une création originale. Ceci dit, dans le cas par exemple du Capitole, ces droits disparaissent 70 ans après la mort du ou des auteurs (du dernier à crever si je me souviens bien dans le cas d'une oeuvre collective).
S'il s'agit d'un bien privé, il te faut l'autorisation du proprio pour diffuser des photos. Mais on tolère si la dite photo est prise à de nobles fins (concept très juridique): du genre ta baraque est photographiée sur le passage du tour de france, ya peu de chances pour que ton droit soit reconnu.
Maintenant je ne fais que parler de photographie (ou de filmsou de son) parce c'est sur ca que porte ton interrogation. Dans le cas d'un jeu vidéo, c'est une représentation d'une nature toute différente : la statue de la liberté dans GTA n'est pas directement une photo de la réalité, c'est une modélisation réalisée, en s'inspirant plus ou moins fidèlement de l'original, avec un moteur graphique.
Du coup, je ne pense pas que ce soit la même chose puisque le droit à l'image s'applique à des images qui sont captées, pas créées à partir d'un modèle. Toujours est-il qu'on peut penser que s'inspirer de l'architecture ou de l'intérieur d'un bâtiment, même dans un jeu vidéo, reste un plagiat. Mais le droit à la caricature existe, et il est d'autant moins discutable lorsque la caricature concerne un club qui n'est même pas diectement nommé..
Enfin, puisque l'affaire GTA se déroule aux States, je me doute que si les propriétaires ont attaqués,c'est soit parce qu'ils croient en leur chance, soit pour se faire de la pub au cas où certains n'auraient pas remarqué que c'est de chez eux dont on parle dans le jeu.
Cela dit je doute que leur recours eut obtenu gain de cause en France. Et la France est connue comme l'un des pays les plus protecteurs en termes de droits d'auteur et de droit à l'inage. ..
J'aime quand tu fais cuistre tôt raymon (oulah).
Merci pour la précision sur le droit à l'image! Mais effectivement, une modélisation, même photoréaliste (on n'y est pas encore), reste un modélisation de la réalité, pas une photo. Après si la techno permet de modéliser de saisir des trucs de la réalité, même si le procédé est différent, ça resterait une prise d'image. Même si c'est pour en faire ensuite un espace à visiter (cf cluny modélisée dans les années 90)
donc ça dépendrait dans ce sens:
1) du degré de la techno
2) des visées comme tu le soulignes
3) de la zone de distribution du jeu (france, europe and co, cf. problème de droit international).
4) de la référence à l'original. Ceux qui ne connaissent pas east LA ne reconnaîtront pas le Play pen à mon avis. Donc problème du public.
5) quand à l'architecture, il y a la composante organique dans le club.
je rajouterai en lien le traitement fait par canardpc:
http://www.canardpc.com/news-30554-...