Le gouvernement en mode double bind
Par olivier le mardi 30 décembre 2008, 09:31 - actualité - Lien permanent
Lancé en grandes pompes (au moins du 45), le site pedagojeux.fr est apparu sur le net le 15 décembre dernier.
Le but est simple : informer et sensibiliser les parents et chalands sur les risques des jeux vidéo. Les thèmes de prédilections seront sans surprise pour les lecteurs de ce blog : la violence et l'addiction.
Qui est derrière tout ça ? Une team d'institutionnels et associatifs issue du forum des droits de l'internet de 2007:
- La Délégation interministérielle à la Famille (DIF)
- la Délégation aux Usages de l’Internet (DUI)
- Internet Sans Crainte
- le Forum des droits sur l’internet,
- l’Union Nationale des Associations Familiales,
- Action Innocence,
- le Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs,
- Microsoft,
- Bayard Jeunesse
- JeuxOnLine.
A première vue, l'initiative est louable, le résultat étonnamment mesuré et contraste fortement avec la campagne du ministère de la famille sur les dangers d'internet.
Et pourtant, derrière ce beau pixel glacé, se trame un symptôme de nos politiques publiques actuelles : comment laisser faire (le marché) tout en laissant croire qu'on ne le laisse pas faire (qui a dit que je parlais du G20 sur la crise). Ou dit autrement comment trouver un responsable qui ne soit ni les politiques ni le marché ?
Et là nous arrivons en plein débat idéologique, tant est qu'il puisse exister. Les deux délégations ministérielles ont des objets a priori différent.
Le DIF propose de :
Soutenir les familles dans l’exercice effectif de leur autorité et responsabilité parentales ; leur garantir la liberté de choix du mode de garde ; aider les pères comme les mères à mieux concilier vie familiale, vie professionnelle et vie sociale.
Alors que le DUI :
a pour mission de proposer les mesures nécessaires à l'amplification du développement de la société de l'information au bénéfice de tous et partout. Créée en juillet 2003, lors du Comité Interministeriel pour la Société de l'Information (CISI), elle est aujourd'hui rattachée au ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
Sa mission est de contribuer à combler le retard numérique de la France et à la porter sur ce terrain au niveau des pays les plus développés. Son approche est globale jouant simultanément sur plusieurs leviers complémentaires.
Notamment autour des thèmes suivants : L'accès public à internet ; L'équipement des personnes ; L'accompagnement des politiques numériques territoriales ; La sécurité des personnes sur internet en général, et la protection des mineurs en particulier ; La formation et l'accompagnement au TIC.
D'un côté on a le ministère de la famille qui veut responsabiliser les parents et accroitre leur autorité parentale, ce qui en d'un point de vue libéral (au sens philosophique du XVIIIe) est un gage d'indépendance de l'individu face à l'Etat, de l'autre on a le ministère de l'économie qui veut responsabiliser la famille pour émanciper le marché des contraintes du politique, et ce traduisant une tendance inavoué à un certain minarchisme. Se substitue petit à petit la figure du citoyen à celle du consommateur dont la liberté vaut bien quelques vides juridiques.
Les enjeux de sécurité et de responsabilité entre libéralisme et paternalisme apparaissent au final comme des instruments permettant d'assainir le marché. Vous me direz rien d'extraordinaire, ni de novateur sous le soleil : responsabilité à trouver un job (sinon plus de chômage), responsabilités des parents vis à vis de leur progéniture (sinon on sucre les allocs), autorité des parents (enfin pas tout à fait, la police de proximité 2.0 est en béta).
Bref, une belle externalisation des prérogatives et ressources de l'Etat. On charge les individus d'éduquer les enfants, ce qui en soit n'est pas choquant, la famille est l'instance première de socialisation pour Durkheim. Sauf à considérer qu'il y a des inégalités sociales, que tout le monde n'a pas les même capitaux et ressources culturels et économiques capable de forger de bons citoyens consommateurs.
Mais que les politiques publiques des jeux vidéo cristallisent autant cette idéologie, c'est finalement assez flatteur pour nous pauvres joueurs. Nous sommes l'avant garde d'une irresponsabilité généralisée. Me tarde de voir les procès au TA, où les parents seront attaqués par la police délit de faiblesse d'autorité parce que leur gosse aura chipé des bonbons à la boulangerie.
Rien de grave, les riches pourront externaliser leur autorité à des boites privées (ou au grand frère) et contracter des assurances responsabilité petits cons. Quant aux pauvres, qu'ils nous fassent pas chier. Fallait pas être pauvre, fallait choisir de faire cadre sup et non ouvrier, qu'ils se plaignent pas si leur usine ferme, ils n'avaient qu'à choisir une industrie porteuse, forcer leurs parents à payer des études à l'ESSEC, et surtout ne pas naître dans un milieu social défavorisé, grosse erreur de leur part.
Dora contre les pauvres
Commentaires
« Se substitue petit à petit la figure du citoyen à celle du consommateur dont la liberté vaut bien quelques vides juridiques. »
Je crois que tu te méprends sur la notion de vide juridiques, surtout en France ou ça n'existe pas. Je ne vois pas non plus en quoi une minarchie impose la possibilité du vide juridique. Plus de détail là http://fr.wikipedia.org/wiki/Vide_j...
Hello!
Le vide juridique est ici en matière de régulation des jeux vidéo + l'incapacité à trouver une définition unanime de ce qu'est un jeu (oeuvre collective / d'auteur, programme informatique, audio-visuel, etc.). Pour ce qui est du lien minarchie et vide juridique, je ne crois pas l'avoir établi ^^. La tendance se caractérise notamment par un vide juridique en matière de régulation, mais n'est qu'un symptôme, pas une condition du minarchisme (et autres)
Je confirme, tu te goures quand tu parles de vide juridique.
Il n'y a pas de vide juridique en matière de régulation du jeu vidéo, puisque une norme s'y applique, celle garantissant et limitant la liberté d'expression. Il n'y a pas non plus, d'un point de vue légal, une incapacité à définir ce qu'est un jeu : c'est bien une œuvre intellectuelle collective, plus précisément un programme informatique qui tombe donc sous le coup des lois régissant le droit d'auteur.
Enfin, je réécris ta dernière phrase en enlevant le mot « juridique », tu devrais au moins voir qu'elle porte bien plus de sens ainsi : « La tendance se caractérise notamment par un vide en matière de régulation […] »
Je crois que tu te méprends sur la notion de vide juridiques
la notion de vide juridique ????
Bon, soyons clair :). Je en suis pas juriste mais politiste.
Par vide juridique, et l'expression est impropre pour les juristes (elle n'existe pas réellement pour eux), j'entends que le jeu vidéo ne fait ni l'objet d'un droit sui generis (donc importation de définitions légales antérieures qui ne collent pas bien et réduisent l'objet JV), ni l'objet d'une régulation spécifique (si ce n'est à la marge sur les diffusion de produits AV, mais les signalétiques par exemples ne sont qu'informatives mais n'ont force de droit en France et autres pays). Or le jeu vidoé n'étant ni un produit AV, ni un programme informatique, mais un peu de tout ça, et bien plus, je considère qu'il y a un vide, dans la mesure où les tribunaux se contredisent quant à sa définition. Bref, pas vide, mais bricolage voire même rafistolage juridique.