Nouveauté : jeu vidéo = dépression
Par olivier le jeudi 5 février 2009, 08:54 - rapports et études - Lien permanent
Vu dans le zapping du 4 février (4"53), reprenant télématin du 3 février (je vous laisse chercher, j'ai pas la force de tout voir).
J'adore quand les médias invitent de nouvelles problématiques sur l'espace public. Après l'épilepsie, la violence, l'addiction, voici notre nouveau challenger : la dépression.
L'étude parue dans les Archives of General Psychiatry, l'article "Association Between Media Use in Adolescence and Depression in Young Adulthood. A Longitudinal Study" : l'exposition prolongée à un écran rend dépressif.
Problème :
- ils ne savent pas interpréter des statistiques : une corrélation entre deux phénomènes n'est pas un rapport de causalité.
- la dépression est liée à des prédispositions psychologiques et à l'organisation sociale, la hiérarchie, la lisibilité et la responsabilité, bref à la norme. Y a qu'à lire Ehrenberg voire même Stiegler quand il définit la dépression et l'addiction comme une socio-pathologie (même si ce dernier tend à prendre des symptômes pour la cause).
- le manque de norme produit l'anomie, et des maladies. Voir Durkheim ou l'article de Quaderni de Sylvie Craipeau et Raphael Koster.
- la division du travail domestique libère plus de temps de jeu pour les hommes et produit un rapport différencié entre sexes. Mais ça on s'en tape.
Donc, faut arrêter les arguties, s'il y a bien une maladie ayant des causes sociales, c'est bien la dépression. La question est donc de savoir le contexte familial, l'intégration professionnelle, les conditions d'accès au jeu vidéo, la trajectoire des joueurs. S'ils ont tant de temps c'est qu'ils sont en partie socialement mal intégré.
Et y a rien de pire que d'être socialement mal intégré au niveau de l'estime de soi. Donc l'exposition prolongée n'est qu'un révélateur de problématiques sociales plus larges.
Si les jeux vidéo avaient autant d'effets, ils auraient réduit la violence, la faim dans le monde et libèreraient les hommes de la violence sociale. Ca me fatigue ces enquêtes asociales et biaisées. Pas autant que leur médiatisation, mais quand même...
Alors oui, il y a corrélation, mais les facteurs ne sont pas des causes. Le truc c'est que c'est tellement plus "glamour" ces errances scientifiques. Et puis c'est lourd l'interdisciplinarité et la rigueur.
Même l'AFP reprend l'enquête. Je âris que ça va faire des reportages à la con. Merci, ce blog pourra être encore alimenté. Et je vous passe la dimension moraliste de l'article :
Selon ce médecin, le fait de consacrer un long moment à regarder la télévision ou à jouer à des jeux vidéo peut contribuer au développement de symptômes dépressifs par différents mécanisme. (sans S, c'est plus classe)
Ces jeunes pourraient ainsi consacrer moins de temps à des activités sociales, intellectuelles ou à faire du sport, qui ont des effets protecteurs contre la dépression, note l'étude.
C'est sûr qu'à délégitimer les jeux vidéo, on commence à se sentir coupable de s'adonner à ces frivolités. Où comment mettre de la culpabilité, de la dépréciation de soi là où structurellement il n'y en a pas (à la rigueur sauf à jouer à un jeu hardcore et que vous perdez tout le temps).
Moi c'est de lutter contre ces absurdités interprétatives et cette dénégation des facteurs sociaux qui me rend dépressif.
Commentaires
I'll y a quelque temps, une étude americaine avait montrer que les JV rendaient obèse. Une semaine apres, une autre etude disait que beaucoup d'obeses aiment jouer au JV!! C'est sur que le JV peut être un trés bon antidepresseur..interactif!
J'aime beaucoup la remarque de Michael. Effectivement, à interpréter n'importe comment les corrélations, il est facile de prendre le remède (!) pour la cause du mal.
Par exemple, plus l'on va chez le médecin, plus l'on est malade, et plus les chances de décès augmentent.
Dans le cas évoqué entre jeux vidéo et dépression, la corrélation pourrait effectivement être le signe, non d'une "cause" du mal, mais d'une réaction spontanée de ceux qui sont atteints, qui ont recours au Jeu Vidéo pour rendre la dépression plus supportable.
Mais le pire dans l'étude scandaleuse qui lance cette fausse information, ce n'est même pas l'incapacité à interpréter une corrélation. Et là je te suis entièrement Olivier. Le pire, c'est de croire s'être garanti contre ce problème par un "écart temporel". Or, ce que suppose l'écart temporel, il le disent eux-mêmes. C'est qu'à l'origine, dans la première partie de l'étude, tous les sujets soient "normaux" (ie. non dépressifs). Autrement dit, les conditions de départ de l'expérience seraient contrôlées. Ce qui est faux bien sûr, comme tu le dis bien Olivier: ils ne contrôlent aucun facteur social...
Or il se trouve que les pratiques ne sont pas uniformément réparties sur toute la population, elles forment des ensembles ou si l'on veut des "styles de vie". Aussi, mesurer "plus" ou "moins" de pratique du jeu vidéo, c'est forcément qu'il y a aussi en même temps plus ou moins de tas d'autres pratiques, et s'il fallait vraiment essayer de trouver une cause potentielle par une méthode statistique, et cette fois scientifiquement, il faudrait vérifier aussi toutes ces corrélations-là. Et ce ne seraient une fois de plus que des corrélations...
Moi j'aime bien le petit jeu des corrélations. Je vous propose donc quelques sujets d'études qui pourraient intéresser l'AFP:
- Depuis que Nicolas Sarkozy s'est marié avec Carla Bruni, on constate une hausse accrue de l'inflation et du chômage.
- Les gens qui jouent aux jeux vidéo on presque tous des téléphones portables et mangent du pain. Je m'interroge sur les liens entre le téléphone portable, la baguette et la dépression.
- faudrait voir aussi si les animaux domestiques de joueurs ne sont pas touchés par le phénomène. J'ai entendu dire notamment que les chiens vivant dans un foyer équipé d'une Xbox 360 mangent plus souvent leur caca. A vérifier.
@ Raymond : moi j'avais entendu dire que c'était les foyers avec PS2. Et que c'est parce que son maitre est addict que le chien utilise ce répertoire d'action issu de la guérilla platense pour attirer l'attention du ministère de la bouffe. Et puis, j'ai entendu dire que la crise financière était liée au départ de Cecilia, engendrant une perte de confiance dans le champ politico-financier.
@Michaël : si je me souviens bien McDo ou Burger King avait produit un jeu éducatif, pour mieux manger... ce qui m'a fait beaucoup rire à l'époque
@Manuel : ce qui est con quand même c'est les frontières entre les approches... tant qu'on ne fait pas une étude à plusieurs disciplines, on sera toujours dans une légitimation de nos pratiques ! Par contre je trouve ça fou qu'ils ne prennent pas en compte le facteur social... ils auraient une belle science totale
Ma première réaction après avoir lu la dépêche AFP : euh... c'est tout ?
En premier lieu, 5,68 heures PAR SEMAINE devant un média électronique (dont 0.41 pour les jeux) me paraît plus que raisonnable. Voire même un peu "ascétique" sur les bords.
Ensuite, comment se fait-il qu'on ne parle des résultats que maintenant alors que le dernier questionnaire a eu lieu en 2002.
Enfin, en ce qui concerne "l'effet protecteur du sport contre la dépression", je ferais remarquer que les pires "bullies" des lycées américains sont souvent des sportifs adulés par leurs camarades et leurs profs. Les tueurs de Columbine en savent quelque chose puisqu'ils les ont subis pendant des années.
If you wish to be the best man, you must suffer the bitterest of the bitter. atbkoa080740
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