Un joueur devenu pilote de drone...
Par olivier le dimanche 8 février 2009, 13:54 - actualité - Lien permanent
Lors d'une interview de P. W. Singer pour la sortie de son bouquin : Wired for War: The Robotics Revolution and Conflict in the 21st Century. Le site Democracy Now, interroge l'auteur sur la capacité des jeux vidéo à former de bons pilotes de drones.
Extrait :
AMY GOODMAN: La relation avec les jeux? Vous écrivez que le meilleur pilote est un joueur de dix-huit ans, formé par le jeu vidéo (Xbox)?
P.W. SINGER: Quasiment. C'est une histoire assez fascinante...
AMY GOODMAN: Xbox.
P.W. SINGER: Ouais. En échec scolaire et bien décidé à abandonner l'école, il voulait rejoindre l'armée, pour rendre son père fier de lui. Il voulait être un mécanicien d'hélicoptère. Et ils ont dit:
Eh bien, vous avez échoué aux cours d'anglais du secondaire, donc vous n'êtes pas qualifié pour être mécanicien. Mais voulez-vous être un pilote de drone?Et il dit:Bien sûr!. Et il s'est avéré, du fait de sa pratique du jeux vidéo, qu'il était déjà bon. Il a naturellement été formé. Et il s'est révélé tellement bon qu'ils l'ont ramené d'Irak et qu'ils lui ont proposé d'être instructeur académique ; c'était un homme engagé (19 ans), et il l'est toujours!Et le plus incroyable, c'est que vous vous dites que cette histoire est intéressante. Mais vous racontez cette histoire à quelqu'un de l'armée de l'air, un pilote de F-15 et ils répondent :
j'aime pas du tout cette orientation. Tu sais, j'ai fait le lycée moi. L'Armée a dépensé 5 millions de dollars pour m'entraîner. Et tu me dis que ce gamin de 19 ans - et bien sûr, il est dans l'armée - fait mieux que moi?Et c'est vraiment comme ça.
Quand le jeu vidéo permet de réduire les coûts de formation et éveille des réticences... blague à part, toute cette tentative de rendre le jeu vidéo utile risque de corrompre le plaisir du jeu, et sa nature improductive... et de l'intégrer dans un processus de recrutement, Ca devient n'importe quoi comment la rationalité néo-libérale économique contamine tous les espaces.
Alors, le jeu comme formation, pas sûr, il a quand même reçu un enseignement sur place, mais le jeu comme étape de la division du travail social, sûrement.
Commentaires
A noter que dans un de ses papiers, Craig Anderson avait raconté une histoire à propos de son fils qui s'en rapprochait un peu. En gros, il y avait un concours de pilotage, et son fils avait tout déchiré grâce à ses heures d'entraînement sur "Flight Unlimited". Anderson s'en est servi pour montrer que les jeux vidéo étaient un excellent outil d'apprentissage, pour le meilleur comme pour le pire.
Moi j'arrive toujours pas à onviquer des sorts de heal IRL...
En tous cas c'est marrant ces discours de légitimation par la dimension formation.
« légitimation par la dimension formation. »
J'ai pas lu l'article, mais à la lecture des extraits, personne ici ne semble vouloir légitimer le jeu vidéo pour son caractère potentiellement productif. Il semble juste faire un constat, simpliste et court certes.
Personne effectivement ne cherche ici à légitimer le jeu vidéo, mais le fait même de présenter la dimension formation du jeu vidéo, le cadrage opéré par l'interviewer s'inscrit dans un mouvement plus large de légitimation du jeu vidéo (y a qu'à voir tout le mouvement autour du serious gaming, de la formation et du e-learning via jeux).
Oui, mais l'exemple est mauvais. Il ne veut pas légitimer l'acte de jouer à la wiifit « maigrissez !, et jouez mais ce n'est que secondaire », non il fait juste un constat merdique.
Pour moi il y a un problème lorsque le joueur se cache derrière une argumentation utilitaire du jeu pour jouer.
Je précise que de dire que les jeux ont des effets positifs ou négatif est une erreur, mais s'inscrit dans un rapport presque concomitant à notre idée de la démocratie libérale : le politique a souvent eu besoin d''interpréter le jeu. Quand j'aurai fini ma généalogie des rapports entre jeu et politique, je la posterai.
C'est sûr que c'est moins explicite que là! Ils financent même des programmes de grande envergure! yeah!
A quand un joueur devenu lapin crétin ?
Moi je veux être un élémentaliste feu! et pourtant on a bien bossé pour !
Je trouve cette histoire intéressante. Moi même étant passionné de jeux vidéo je pense qu'en effet il peut avoir des effets positifs à la pratique du jeux vidéo comme l'amélioration des réflexes et de la précision. D'ailleurs pour le prouver, je défis un non joueur à terminer une course de Wipeout HD sur ps3 en mode Phantom
les FPS (jeux de tir à la première personne) peuvent
aussi améliorer grandement ces qualités qui sont, à mon sens, recherchées chez
un pilote de drone. De plus les "vrais" pilotes doivent certainement trouver
cela dégradant de piloter un drone plutôt qu'un véritable avion alors autant
qu'ils laissent leurs places à des joueurs, quand dites-vous ?
Hello FragHunter,
Effectivement le jeu vidéo développe des compétences, mais pour le jeu vidéo essentiellement! C'est à dire qu'à force de jouer, chacun développe un capital ludique, un art de faire qui permet de passer de plus en plus facilement d'un jeu à un autre. En plus, avec le gameplay de plus en plus standardisé (toujours les mêmes touches pour toujours les mêmes actions), ça facile le passage!
Donc si l'interface du drône est quasi-similaire, pourquoi pas - même si l'enjeu est quand même très différent.
Après pour ce qui est de l'acquisition de compétences, le débat fait rage. On peut développer des skills in-game, mais qui ne sont pas forcément transférables. De plus si on considère que le jeu a des effets positifs, on ne peut nier les effets négatifs, et donc la violence, l'addiction et autres pathologisations. C'est toute la difficulté du discours marketing sur l'utilité sociale des jeux vidéo. Après comme toute pratique, l'apprentissage est nécessaire, reste à savoir les cadres de son exploitation (d'où le débat sur l'usage éducatif des jeux)!
++
O.