Reportage M6

Ouverture du reportage sur le procès de l’Ohio où un ado de 16 ans a tué sa mère. Pour info, le procès rebaptisé « halo 3 trial », accusait le jeu vidéo de l’avoir poussé au meurtre. Plus d’info ici.

Commencer un reportage sur l’addiction par la violence, est une tendance lourde, depuis le reportage de France 2 sur GTA IV. Le plus étrange n’est pas tant ce premier cadrage, somme toute classique, mais que la thématique de la violence disparaît tout de suite.

Enchaînement sur le standard téléphonique de l’école des parents, où des psychologues reçoivent des appels de parents en détresse face à leurs enfants qui jouent trop. Une des remarques d’un des psy : le manque de communication. Certes, communiquer est très à la mode, surtout chez les partisans des quick therapy, PNL et autres gestalt. Mais j’aurai tendance à aggraver le problème en terme d’intégration sociale dans la famille, comment l’autorité parentale s’exerce, etc. Quoi qu’il en soit, ce premier cadrage institue et légitime la maladie par ce premier exemple. Si le service de cure existe, c’est qu’il y a un problème. Logique, les lois du marché fonctionnent bien.  

Adrien, no-life

Présentation du no-life du jour : Adrien, qui a sombré dans Wow, alors qu’il vivait seul pour faire ses études. Problème : sa pratique excessive du jeu a provoqué une « autonomie manquée ».  Il est donc retourné chez ses parents. Musique crispante, arrivée des journalistes dans le bureau à l’étage, Adrien a passé une nuit blanche su Wow. Et là c’est le drame, enfin presque.

Les journalistes tentent bien de lui faire avouer que c’est mal. Un début de repentance se dessine chez Adrien : pas mal de temps perdu, 100 jours de jeux soit 4 mois passés sur Wow. Mais qu’est ce que c’est que Wow, un jeu en ligne où on incarne un avatar. Définition d’Adrien, après de longs balbutiements : c’est un « transfert de soi dans un monde différent ». Un monde différent, la réalité des mondes virtuels qui devient tangible par la pratique. My god, sans déconner, un humain qui donne sens au chose existent pour lui. C’st quand même sympa ces débats des années 90, les jeux vidéo, réel ou virtuel…et un bouquin c’est réel ?

Et là, argument d’une rare violence, non pas des journalistes, mais de la « victime », Adrien :   

je n’ai aucune envie d’arrêter.

Normalement, un journaliste qui connaît un tant soit peu son sujet, sait qu’un drogué est quelqu’un qui veut arrêter mais ne peut pas .Et là Adrien ne veut pas arrêter. Donc soit, le jeu vidéo n’est pas une drogue, soit au contraire c’est une drogue tellement puissante qu’il ne donne pas envie d’arrêter.

Face à ce flottement, retour sur les parents. La mère a eu peur au suicide, surtout au mois d’août. Ils l’ont donc fait retourner à la maison retrouver équilibre. Et Adrien a commencé thérapie. Pourtant il joue encore. Mais bon, la thérapie c’est la vie. A défaut de tout le reste. Si tous les problèmes du monde pouvaient être requalifiés en problèmes psy…  

 

Et l'hospitalisation, c'est la sécu qui paie.?

Changement de cadre, hôpital Régis Debray, service addictologie, Paris. (je passe le côté parisiano-centré des journalistes pour faire des reportages à pas cher)

Interview d’Emmannuelle Peyret : depuis juin, on observe de plus en plus de jeunes (11 - 13 ans) pour histoires de jeunes qui ne décollent pas de l’ordi, se relèvent la nuit. La raison ?  Toujours le jeu en ligne, et surtout : dofus et wow. C’est pas tout, car si il n’y a plus de jeu à la maison les jeun es vont au cyber-café.

Conséquence sans appel : grosse dégradation de la vie sociale de l’enfant. C’est vrai que le principe du jeu en ligne est d’être off-line. Sans dec’. On ne joue pas à plusieurs, il n’y a pas du tout d’effet de groupe, on n’entre pas dans un jeu par des potes ou des connaissances, on ne vit pas avec une guilde, on n’est pas évalué par les autres, la compétition n’est que contre le jeu, aucun spectateur pour admirer ses derniers farms. Non, le jeu vidéo en ligne désocialise, la preuve on parle à des avatars via micro sur team speak. Sont quand même forts ces bots pour nous répondre.  Surtout kevin_da_trooper_78

Alors comment ça marche une désintox au jeu vidéo ? On les met sous minitel ? Non, comme pour un drogué on les va sevrer, ils sont coupés des jeux vidéo pendant 15 jours. Alors vous me direz qu’il suffit de couper le net 15 jours et de priver ses gosses de sortie pendant 15 jours. Ça coûtera moins cher que de faire jouer la sécu et la mutuelle pour 15 jours d’hosto, dans une chambre privée… Mais bon, la rationalité des pouvoirs publics reste un mystère. Quoi qu’il en soit, je refuse de cotiser pour ça. Plutôt développer la CMU et permettre un meilleur accès aux soins aux malades.  

Grande victoire : le garçon qui ne prenait pas de petit dej en a pris un. Donc tous ceux qui ne prennent pas de petit dej sont des no life ?   

Question franc du collier des journalistes d’investigation : Tous les enfants peuvent-ils tomber dans la dépendance ?

Réponse de Mme Peyret :

si il y a une bonne qualité relationnelle avec ses parents, si il a des copains et fait sport, si il ne joue que 2h par jour, il n’y a pas de problème. Le problème arrive quand il y a foultitude de problèmes dans une famille. Le jeu est alors comme une fuite, un moyen d’aller bien, l’aide à aller mieux.

Donc, qu’est-ce qui garantit la guérison du drogué si et seulement si lui seul est soigné ? Car les problèmes familiaux et sociaux seront toujours là. Donc on interne la famille ? On ouvre des centres de réhabilitation sociale ? On règle la pauvreté par des thérapies de groupe ? On fait un plan de relance contre la crise en reprogrammant les tradeurs via PNL ?

Fin de l’hôpital, 50% des Français joue au JV. Je passe sur le manque de rigueur (sources ? protocole d’enquête?). On s’en tape.

 

Voltaire, sans foi ni loi?

Direction Paris 11e. Beaucoup de boutiques de JV qui font "salle comble" le WE.

L’expression m’a fait bien rire, depuis quand un magasin fait salle comble ?   

Des parents viennent acheter des jeux avec enfants.Un père de famille fondu de jeux vidéo déclare :  les enfants n’ont que la gameboy, n’ont pas le droit de sortir avec, ne peuvent y jouer que le WE et les vacances. Et non, il ne déroge pas à la règle.  

Le journaliste dans sa tête, je suppose : Hmm, n’est pas coupable, va falloir chercher ailleurs. Ouai je sais, je vais voir les vendeurs, ces dealeurs.

Question : quels jeux pour qui ? Comment peut-on vendre des jeux INTERDITS à des mineurs. (Moi : hmmm…. Peut-être parce qu’ils ne sont pas interdits mais déconseillés). La première personne concernée est le vendeur. C’est lui le premier concerné.

Le vendeur : il n’y a pas d’interdiction de vente dans l’absolu. On pose la question de l’âge, mais on n’est pas habilité à demander l’identité. (ah bah c'est facile de se réfugier derrière la loi quand n est vendeur. Corrompus de légaliste ^^). Enfin, les jeunes vont tous vers les mêmes jeux, violents.

Fondu sur… suspens torride, quel est le JEU du diable….

« GTA, un jeu ultra violent, qui consiste à voler des voitures et tuer des policiers ». 10 millions d’exemplaires vendus en 3 mois. Bon, là je passe. Ils ont pas joué, donc on va pas s’embêter.

Suite, entretien avec Julien Chièze (ancien GameOne, fondateur de gameblog.fr), critique de JV : le problème n’est pas le jeu mais la façon dont on y joue. Quelques conseils :

  • s’intéresser à ce que aime leurs enfants.
  • Regarder la mention d’âge. Il y a la norme PEGI. Aux parents de bien regarder.
  • Les parents qui peuvent pas jouer (pourquoi ? ils s’en tapent ou sont invalides ?), il y a le contrôle parental. Démo. Ah ça marche.

Commentaire attristé et grave de la voix off : il n’y a pas de loi qui régisse les images du JV. Justement les images sont régies par plusieurs lois sur contenus audio-vidéo, programme informatique.  Même la loi sur la délinquance des mineurs a défini l’usage des jeux vidéo. Mais faire une loi spéciale jeu vidéo consisterait à lui donner une valeur sui generis, c'est-à-dire réer un nouveau droit pour un nouvel objet…. Donc à la limite pas d’autorité française, je veux bien, mais pas de loi… je rigole.

Heureusement, il y a le superbe spot du gouvernement, la campagne de pub : Activer le contrôle parental.

Aller hop, une petit statistique de derrière les fagots du Credoc selon le CREDOC, (institut privé qui a la particularité de dire tout sur tout sous verni scientifique) : seulement une famille sur 4 se sert du contrôle parental. Sympa, sources, protocole d’enquête ? Ah pardon, aucun intérêt. On continue.

Cyber farmer

Quand les parents ne sont pas d’accord, les enfants vont dans des cyber : lieu où sont en libre service des ordinateurs, assez bon marché. (et ils viennent d’où les sous pour jouer ?)

Attention, grande démonstration de journalisme total : on a demandé 15 autorisations de tournée, on n’a eu que des refus. Voici ce qui se passe en caméra cachée. (j’espère qu’ils vont faire un procès les tenanciers du cyber, juste parce que la caméra cachée ne sert à rien)

Un vingtaine de jeunes jouent à CS à l’étage, en bas Wow.

Certains ont l’air d’être des enfants. Bravo, deux témoins : 11 et 14 ans. « Là on est tranquille », sans aucune surveillance, ils peuvent passer des heures. Tout est fait pour que le joueur ne s’arrête jamais. Il y a des milliers d’ouvrier qui font marcher la machine infernale.

Bon, faut faire une pause avant le final, car tout le monde se dit, cool on va voir les locaux de Blizzard.

Echec.

Cela se passe en Chine, on les appelle les gold farmers. Des employés qui jouent pour 100 euros par mois, 12h par jour, 7/7, qui  font évoluer le jeu et les persos, qui alimentent cette histoire sans fin.

Se lève et applaudit.

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Oui, fin sur ce superbe amalgame et erreur manifeste. Community manageurs et codeurs de tout pays, vous êtes des golden farmer. La classe. Blizzard est la maffia chinoise. Voilà, maintenant que la profession a été souillée voire insultée, que notre passe-temps préféré est officiellement une drogue, il ne reste plus qu’à demander un rectificatif et convoquer la commission de déontologie du journalisme, et faire péter le standard de M6 pour rectifier toutes les erreurs du reportage. Moi je suis trop épuisé. Je ferai peut être un retour critique sur ce reportage. Après avoir joué à GTA pour pouvoir les massacrer. Bon finalement je l'ai fait, sans jouer à G-T-A