OK, il y a donc une procédure où l'on vise, tir et recharge. Pour autant est-ce que les modalités sont les mêmes que dans la réalité ? Viser avec une souris ou le stock analogique droit, appuyer sur une gâchette de manette ou sur le bouton gauche de la souris, recharger par une pression sur un bouton n'est absolument pas la même chose que de tenir un pistolet d'une main, soupeser le poids, subir le retour de force, sentir l'odeur de la poudre. Concernant le toucher, le contact entre du plastique chaud voire moite pour ceux qui transpirent sur les manettes, et la froideur du métal ? Et puis, le verrouillage automatique des cibles pour consoleux, l'assistance à la visée n'existent pas dans la vraie vie (ou alors on m'a menti).

NraBref, tout ça pour poser une question simple : peut-on apprendre par la théorie, et sans la pratique du maniement des armes? Bien sûr, on peut imaginer comment cela va se produire. Mais pour autant le passage à l'acte est une autre histoire. Un jeu, qui plus est des jeux cognitifs comme les jeux vidéo, apprend des techniques du corps, pour reprendre Mauss, mais différentes de celles sollicitées dans le maniement des armes. Et là je vous renvoie (encore je sais), à la partie de l'intro de Quaderni rédigée par Ian Bogost sur NRA Gun Club. En résumé : ce jeu de tir trop réaliste, est tellement ennuyeux, qu'il est le meilleur argument pour les anti-armes à feu.

Pete Sampras est un noob.

Je suis capable de faire - 8 sur un jeu de golf, mais au practice, le club entre les mains, la crispation du grip dans cette posture inusuelle qui tord mon corps, la balle ne s'anime que par le air shot du fer brassant du vent. Où sont mes drives à 280 mètres? Pourtant j'ai joué des heures. Et même en scorant sur le golf de Wii sport ou Tiger Wood, je suis incapable de réaliser les coups, malgré l'apprentissage d'un geste. Pareil, je suis pas mauvais sur le jeu de boxe à Fight Night Round 3, et pourtant je suis incapable de faire un uppercut face à un boxeur amateur, et à mon avis encore mois à Muhammed Ali. Pareil pour Guitar Heroes, je peux me enchaîner en mode expert du Nirvana, et j'arrive pas à jouer Smells like teen spirit à la guitare (enfin presque, mais je ne vous conseille pas l'écoute).

Alors vous me direz, il y a les simulateurs. Dave Grossman, lieutenant psychologue de l'armée connait les simulateurs, et a tendance à croire que les jeux vidéo sont des simulateurs de meurtres. Technologiquement, un simulateur n'est pas un jeu vidéo, et inversement. A moins d'avoir pu acquérir le cockpit d'un Concorde chez soi (facile... sur ebay...), d'avoir programmé chaque touche, de disposer d'une puissance de calcul qui ferait passer les derniers chipset et GPU pour des processeurs de jeu game & watch (jeux électronique des années 80 sur écran à cristaux liquides), ce n'est pas la même chose. Et le coût est légèrement différent.

Et toi, tu simules ?

Donc, oui, les jeux vidéo simulent. Un apprentissage existe. Un joueur expérimenté est capable de prendre en main un jeu, et ce d'autant plus qu'il y a une normalisation et homogénéisation du gameplay par genre de jeu (toujours la même touche pour les mêmes mouvements, quels que soient les jeux, et surtout dans les FPS). Et pourtant un non joueur, bien que tireur d'élite, devra se faire le tutorial pour comprendre comment ça marche. Cliquer sur une souris n'est pas appuyer sur une détente. De la même manière que la maniement d'un bâton, n'est pas pareil que le maniement d'une épée (poids, pénétration de l'air, etc.)

En fait, les jeux vidéo ne simulent en rien la réalité. Ce sont des jeux soumis à leur propre raison, leur propre logique, leur propre rationalité. Il peut y avoir de la performance, mais l'échelle de valeur n'est juste pas la même. S'ils apprennent des techniques du corps, ces techniques sont des techniques de jeu (pointer son flingue hors de l'écran, vers le bas pour recharger dans Time Crisis). Je suis super habile des pousses, et pour autant incapable de manier une arme, et encore moins d'avoir la capacité technique de faire des headshots. Par contre, si mon père était collectionneur et pouvait m'initier, je pense que j'y arriverai avec un minimum de pratique.


Je vous conseille cet échange épistolaire des plus instructifs entre Shane Fanton et Christian Combaz, écrivain, et directeur du centre culturel français de Milan, Pour avoir eu le plaisir de rencontrer M. Combaz, il est plutôt intéressant, car intéressé, par la question des mondes virtuels, même si nos points de vue diffèrent.