France Inter : Pourquoi les jeux vidéos ont-ils autant de succès ?
Par olivier le jeudi 2 avril 2009, 13:01 - actualité - Lien permanent
Entendu ce matin dans l'émission Service public d'Isabelle Giordano, sur France inter. Tentatives d'explication du succès des jeux vidéo. C'est toujours difficile d'expliquer le succès de quelque chose, les explications après coup sont souvent des sur-interprétations, comme par exemple le coup de l'époque désacralisée et donc le jeu vidéo réenchante le monde. J'ai toujours su que la division du travail social et la reproduction des normes du capitalisme dans le jeu vidéo était épanouissant et invitait à la féérie...
Par réflexe, on peut attribuer le succès au gros travail d'anticipation de la demande effectué par le marketing. Je pense notamment à la mise en scène de l'attente par des images distillées au compte-goûte pour animer les news des sites spécialisés, les déclarations fracassantes (qui a le plus de bits), des promesses de révolution, etc. Il y a aussi les logiques de standardisation de l'offre, l'économie du risque qui privilégie les suites et franchises plutôt que les nouvelles licences (quoique ce soit la politique d'Ubisoft - abonnez-vous à sa financial letter c'est très intéressant).
Et je ne parle pas du fait qu'une pratique socialement diffusée, dans un groupe déterminée (genre l'école), a plus de chance d'être pratiquée, ne serait-ce que parce qu'on peut y être initié. Un peu comme si la cornemuse était l'instrument le plus joué dans le groupe, que tout le monde parlait cornemuse, je parie que vous tenteriez le coup de bignou. Ca me rappelle une phrase de Flaubert, pour commencer à apprécier une chose, il suffit de la contempler longtemps.
Bref, finalement, le propos de l'émission concerne davantage les différentes formes du jeu vidéo, le futur, avec une superbe posture défensive de Mme Cinéma qui doute de la capacité "artistique" du jeu vidéo. Bon moi aussi vu l'état actuel, mais en même temps je ne considère pas le cinéma comme de l'art. Par contre comme média capable de raconter, de faire vivre, le jeu vidéo est capable de bien mieux. Et puis cette reconnaissance du jeu vidéo comme art c'est une lutte pour institutionnaliser une partie de l'industrie qui cache pas mal d'enjeux (reconnaissance symbolique des créateurs, droits d'auteurs, aides financières, etc.)
Le million! Le million!
Et là, je
vous promets que je ne voulais pas en parler. On va croire que je focalise.
Arrive une question d'Eric, top player repenti (minute 26) : l'expérience comporte le danger de l'addiction. Le jeu vidéo sera de plus en plus connecté, plus riche en retour d'expérience donc de plus en plus addictif. 800 000 personnes en état d'addiction selon Marmottan...
E. Giordano : "C'est pas un peu provocateur ? L'addiction est un réel problème mais reste minoritaire."
Ah en fait on mélange jeu vidéo et poker en ligne. Tout va bien. En fait pas tant que ça, la news vient de là. Encore le rapport UMP.
Alors on sort la calculette.
1/3 des Français joue occasionnellement. Soit 20 000 000. Si on divise par
le nombre "d'addict" on arrive à 3% de la population de joueurs. Bon, alors
soit ils ont une file d'attente de 800 000 clients patients et là va
falloir non pas ouvrir une clinique mais des villes de cure (sur le modèle des
villes thermales), soit ils pipotent complètement les chiffres pour crée un
marché ad hoc, le rendre impérieux. Ce qui compte c'est que ça revient
à 1% de la population française : c'est un chiffre crédible, là est sa
force.
Mais ramené au nombre de chômeurs, inactifs et autres, on peut arriver à un meilleur ratio. D'où ma question, si les gens avaient de quoi s'occuper, seraient-ils "addict"? Mais ça invoque des politiques publiques de grande envergure et remet en cause l'exclusion dune partie de la population, le chômage structurels et autres trip néo-classiques. Mieux vaut interdire. J'adore. D'autant que ça sera (enfin c'est hypothétique) couvert par la CMU.
Je refuse de cotiser pour ce marché. Je préfère contribuer financièrement pour payer des retraites , le RMI, et autres minima sociaux, et financer la recherche contre des maladies mortelles, douloureuses et autres. Pas un problème petit-bourgeois. Sachant que débrancher une prise coûte moins cher à la société... Enfin, si c'est pas remboursé, seuls les riches pourront se payer le luxe d'une désintox, mais vu qu'ils travaillent (gagner plus pour travailler plus ou l'inverse), ils n'ont matériellement pas le temps d'être addicts.
Quoi qu'il en soit c'est invérifiable et non vérifié à moins de faire un recensement. Mais pourquoi prendre la peine de vérifier les chiffres si leur puissance évocatrice suffit?