Le problème avec ces récits de causalité (Deborah A. Stone, causal stories, 1989), c'est qu'ils tentent toujours de faire passer ce qui relève de l'accident, du destin, de la fatalité, vers la sphère de contrôle du social. Ce processus de problématisation, à savoir insuffler de l'intentionalité à un objet, le rendre responsable, est bien entendu un enjeu de pouvoir, des luttes politiques.

Pensez par exemple aux concept d'accidents de travail. Les conséquences de requalification d'un coup du sort en dysfonctionnement permet de pouvoir réguler, encadrer, prévenir et rétribuer dans le cadre de politiques publiques. Et tout le système économique autour : assurances, maintenance, contrôle qualité (normes ISO), etc.

Je reviendrai ultérieurement sur le rôle de la science dans la production de données en masse pour naturaliser l'histoire, la rendre crédible, lui conférer une vérité scientifique, toute infondée soit-elle (merci aux cautions qui décrédibilise notre profession de chercheur).

Par contre dans notre cas, le plus étrange est que la folie permet l'irresponsabilité pénale. Alors à quoi bon chercher un responsable ? Peut-être parce qu'il est difficile d'accepter tout simplement la pathologie. Et puis, au final, tant mieux si les jeux vidéo ont déclenché (j'en doute fortement) cet acte, au moins il sera pris en charge assez tôt. En espérant qu'il ne perde pas de temps dans les centres de désintox. Car là c'est un psychiatre qu'il faut, pas un psychologue.