Quoi qu'il en soit cette mesure est avant tout d'ordre symbolique, tant les pouvoirs publics ont mis du temps à s'intéresser aux jeux vidéo. Entre la première étude passée à la trappe dans les années 1984, sous Jack Lang, le virage manqué du milieu des années 90, et enfin la longue bataille pour le crédit d'impôt (2001 - 2007), les pouvoirs publics donnent l'impression de se réveiller.

Reste que produire un vrai jeu coûte cher, une application sur iphone tourne dans la centaine de milliers d'euros, et je ne vous parle pas de jeux avec des moteurs 3D évolués, l'unreal engine étant dans les 1 millions et le cry engine 2 dans les 500 000 euros... Le serious game ne se positionne pas - heureusement ? - sur le même marché. Quand on imagine le public potentiel (Régis de la compta ou Patricia, VRP), on comprend tout de suite qu'on va assister à une myriade de sous-productions qui n'auront de ludique que l'étiquette. Tout au mieux un habillage 3D de tableaux excel ou un copier-coller des fiches de "jeu de rôle", à faire tourner dans un browser.

Enfin, le plus paradoxal dans cette histoire c'est qu'effectivement quelques emplois en NTIC vont pouvoir être créés, ou du moins les préservés, mais si le serious game pour la formation professionnelle fonctionne, ce sont les formateurs qui vont soit perdre leur emploi, soit devoir se requalifier. Je ne suis pas sûr que le fait de devenir assistant technique ne soit pas vu comme un déclassement par cette profession.

Bref, je ne critique pas les potentialités du jeu vidéo à des visées professionnelles ou éducatives mais plutôt l'état actuel de la production, la structuration du marché, et surtout l'assujettissement de ces produits à des logiques financières/marketing/publicitaires. Après tout, nous pouvons faire les même reproches à l'industrie AAA, mais vu que la vente de formation reste quand même un marché assez flou et dont le succès d'une application n'est pas liée à sa qualité...

A moins que ces serious game ne visent pas tant l'industrie, mais les pouvoirs publics, les collectivités locales. Dans ce cas, le jeu vidéo utilisé à des fins politiques ne va être qu'un instrument de légitimation des politiques publiques.

Reste enfin à savoir qui aura droit de récolter les miettes? Les entreprises actuelles comme Daesign, les pôles de compétitivité comme Cap Digital (dans ce cas faut-il l'interpréter comme une aide masquant le manque d'aide), la recherche appliquée en informatique, les universités (vu qu'elles deviennent des machines à fabriquer des professionnels) ?

Un bel effet d'annonce, qui confronté à la réalité du marché pose quand même des questions. Je commence à croire que NKM se la joue moderne, plus qu'elle ne l'est. Parce qu'utiliser les technologies du grand public, bien rodées et déjà obsolètes, ça n'aide pas pour anticiper celles qui marcheront...

Reste à frémir devant la concurrence, entre google et son web 3D open source ou le passage au cloud gaming et les USA qui vont se lancer dans du cloud computing.... remarquez, la fibre optique devrait aider...