En revenant sur les travaux qui tentent de cartographier l'espace public politique sur le net, notamment les clivages républicains/démocrates, il a émis une première réserve: les premières générations d'études se sont trop concentrées sur une approche quantitative (et je dirais même structurale) du réseau.

(illustration de la répartition quantitative - 1ere génération)

En effet, étudier les liens inter-blog ne permet pas de définir suffisamment précisément la blogosphère politique. Pour mieux faire, il faut combiner le quantitatif assisté par ordinateur (on track les liens), et procéder à une analyse qualitative des contenus : qui dit quoi et comment. Là encore, réflexe de mon étude des MMO, quelle est la nature des liens inter-personnels, l'intensité; seul du terrain permettrait de le saisir.

Autre point : ce que je renommerai "la circulation circulaire de l'information" (cf. Bourdieu). Comment une idée, un commentaire produit dans un blog a priori marginal (trafic faible, aux frontières du champ) arrive dans l'espace public médiatique traditionnel. Là encore l'analyse quanti-qualitative permet de tracer le parcours de l'argument politique: certains blogs très visibles sont des plateformes qui permettent de relayer les idées, les faire émerger et les mettre en avant. Se pose la question de la gestion des sources, question abordée dans ce blog.

Je rajouterai que la pratique du web par les journalistes façonne en partie le traitement de l'information. Si les structures sociales classiques demeurent une source importante, le web devient un vivier d'infos, de commentateurs.

La discussion a fini sur le problème du contrôle étatique. Hadopi et Loppsi sont pour les lui "des lois très étranges".

Quelques remarques exploratoires pendant le speech:

  • Reste que les voix sur le net ne permettent pas forcément le passage à l'action. D'autant qu'en France on a une forte résistance aux scandales (ou qu'on ne sait pas monter les scandales, cf. les licenciements post hadopi). Peut-être une question de culture de la responsabilité politique différant des anglo-saxons. Et puis, si on a un monitoring constant du web, les mondes virtuels et MMO (avec l'interdiction de programme tiers) pourraient devenir des espaces politiques, avec la migration des bloggeurs et autres.
  • les blogs et autres sites politiques amateurs (même si la distinction profane/professionnel est à repenser) les plate-formes constituent des nouveaux gatekeeper, avec un passage du leader d'opinion à la plate-forme d'opinion. La hiérarchie de l'information est un gros enjeux sur la toile.
  • la question du passage de la participation on-line à l'action off-line demeure problématique (inégalités d'accès, CSP, etc.), Pourtant, il y a quelque chose qui se joue. Peut-être pas au niveau de l'action politique, mais davantage dans une routinisation de la critique et la déception des médias généralistes. La pratique du web doit renforcer les disbeliefs in mass media (cf. P. Converse).
  • ils sont quand même très pro ces chercheurs US dans leur présentation, très rock'n roll, enthousiastes. Est-ce lié à leur fonction sociale ou est-ce l'intériorisation d'autres éléments (mise en scène de soi américaine, logiques marketing, etc.). Est-ce qu'on n'a pas tendance à confondre ce qu'on considère comme une approche normative avec l'enthousiasme. Je crois que ça touche vraiment à la façon dont on fait la science chez nous (je ne partirai pas sur les conceptions du travail petit-bourgeois, éthique protestante, même si c'est tentant).

A écouter. En qualité téléphone, mais en montant le volume on entend...

1ère partie

2ème partie

Discussion avec Nonna Mayer

(slide sur Diebold)