Donc, après de longues tractations, le système PEGI est devenu la nome de référence au Royaume-Uni, évinçant celle produite par le BBFC. Déclaration du ministre des industries créatives:

"We will now work with PEGI and the VSC to agree exactly what the new symbols will look like and how they will work in the UK market, to ensure they provide the clarity and safeguards that are needed."

Mais cela ne s'arrête pas là: le VSC voit ses pouvoirs renforcés, notamment avec le droit de sanction et de bannissement de tout jeu ne remplissant pas les "hauts standards de qualité" de la norme PEGI. Qu'on se rassure, le VSC devient un organe indépendant, non assujetti à l'ELPSA.

Donc, pour la première fois, le système PEGI se voit doté en complément d'un procédé légal qui va le rendre effectif.

Régulations privées publicisées

Passés les détails et la tambouille économico-administrative, s'ouvre une interrogation sur la nature du système de régulation mis en place. Le système PEGI est un système de régulation privée: les industriels ont mis en place leur signalétique pour anticiper tout action politique coercitive donc nuisible, Or cette signalétique n'a de valeur qu'informative. Certes, l'Union Européenne a reconnu le succès de cette entreprise, mais reconnaître un succès n'est pas pour autant participer à l'élaboration. Ainsi les standards du PEGI remplissent des conditions établies par un organe politique périphérique, le Conseil de l'Europe (dont tout le monde se fiche), et répondent aux grands principes fondamentaux en matière de médias et diffusion : interdiction de l'apologie de la haine, des discriminations, de la violence envers des enfants, etc.

Là où c'est fort pour notre cas anglais, c'est qu'une norme privée a remplacé une norme établie par les pouvoirs publics. Alors certes, le VSC devient une autorité de validation, mais travaillant pour le PEGI comme prestataire de service d'évaluation, nous attendons des clarifications quant à leur double posture privée/publique.

Par delà la validité des normes, nous assistons à la mainmise de l'industrie du jeu vidéo sur les pouvoirs publics. En tirant les premiers, et au niveau européen, les industriels ont imposé le jeu et les règles du jeu, ont placé leur système de classification comme la référence sur laquelle il faut se positionner. Le travail de lobbying mené pendant ces dernières années par l'ISFE a porté ses fruits.

L'Etat ne devient plus régulateur (Majone, 1995), mais arbitre-commanditaire de services. C'est à dire qu'en ne s'impliquant plus dans le process d'établissement des normes, il externalise la classification à des entrepreneurs privés, que ce soit les industriels ou des associations, pour après valider le "meilleur" système proposé, du moins désigne une vainqueur. Et là, chose très intéressante, c'est que les pouvoirs publics anglais ont exclu le BBFC du jeu, alors même que c'est un organe créé par les pouvoirs publics. La concurrence libre et parfaite dans la mise en place de normes, permet ainsi de telles décisions libérales et pro-industrie.

Conséquence, le marché de la norme s'est structuré aux UK, un label industriel s'est vu remporter le marché grâce au choix des pouvoirs publics. Une autre fois, je vous parlerai de la France, comment les différentes associations en lutte pour la prévention ont besoin de l'État pour faire une OPA sur le marché. Pour l'instant constatons ce processus de privatisation mené d'une main de maître par l'ISFE et l'ELSPA. Je crois que ça va faire des émules. La solution apportée répondant au manque d'effectivité juridique du PEGI, tout en laissant l'industrie maîtresse de sa production.

Pour l'anecdote people, le nouveau secrétaire général de L'ISFE et donc du PEGI vient de Take-Two (éditeur notamment de de Manhunt...). Il remplacera Patrice Chazerand, haut administrateur français, et devrait prendre ses fonctions en Juillet.