J'ai essayé de raconter mon expérience avec le minimum d'embellissement. Tout ce que j'ai décrit ici est quelque chose qui s'est produit dans la partie. De plus, une quantité surprenante de choses intéressantes dans cette histoire ont été générées en laissant faire et en regardant les Sims suivrent leur propre volonté et leurs traits de personnalité.

Projet intéressant qui mélange jeu et récit de jeu, posant de nouveau la question des transmissions d'expériences ludiques. Je pense qu'on sera loin d'une critique sociale à la Ken Loach, le moteur de jeu évacuant les contraintes socio-économiques pour les remplacer par des désirs individualistes.

Will Wright, si tu savais, ta réforme où on se la met...

Finalement, on va avoir un bel exemple du non-traitement de la pauvreté par le jeu, et le joueur, ou comment l'IA pense l'exclusion. Or l'exclusion, la solitude est par essence impossible en milieu d'interaction ludique, le jeu vous sollicitant sans cesse, il positionne le joueur, quel que soit son statut social comme étant le centre de l'éco-système. En ce sens l'exclusion n'est qu'un artefact contradictoire avec la nature du jeu. Exemple, les offres de jobs se succèdent, ce qui est loin du marché de l'emploi réel, et encore plus loin du quotidien des SDF. Les familles voisines accueillent la petite fille pour faire une sieste sur le canapé du salon, ce qui tranche avec les attitudes classiques de rejet à l'encontre des sans-abris.

En ce sens, les Sims sont paradoxalement une utopie aux allures socialistes sur fond d'idéologie néo-libérale, dans la mesure où les attitudes des autres Sims, l'intérêt qu'ils peuvent porter à des pauvres et exclus offrent une vision idyllique d'une société solidaire, non pas par le social mais par l'individualiste centré non pas sur chacun mais sur le joueur, sur soi.

Bref, les Sims 3, archétype de la troisième voie du socio-libéralisme ou aberration solipsiste? Chose certaine, le 3ème opus pousse encore plus loin cet individualisme, peut-être un peu moins consumériste et matérialiste, en offrant de jeu, un champ des possibles à la fois immense et fortement cadré par l'idéologie structurant le jeu. C'est décidé je vais tenter de faire une grève et séquestrer des patrons. Nul doute que le patron deviendra mon pote et que les actionnaires finiront par céder pour mes beaux yeux, car j'ai boosté le charisme de mon Sims. Et puis c'est moi qui tire les ficelles du jeu.

simspol