FTC : les risques des mondes virtuels pour les enfants
Par olivier le mardi 15 décembre 2009, 09:21 - rapports et études - Lien permanent
La Federal Trade Commission me fait
rêver. Cette institution américaine produit des rapports généralement de bon
niveau, très documentés - les notes et références en témoigne - et faisant
preuve d'une trop rare intelligence. Qui plus est, ils utilisent des méthodes
quasi-scientifiques pour étudier leur sujet, connaissent l'état de l'art et ne
se fient pas aux avis de quelques figures médiatiques trouvées via google ou
les librairies en ligne.
Bref, ils sont compétents, indépendants, et généralement fiables pour ce qui attrait aux jeux vidéo et mondes virtuels. Leur dernière étude s'est attaquée aux risques encourus par les mineurs dans les mondes virtuels non-ludiques, plus précisément sur 27 univers virtuels gratuits.
Le but est simple : il s'agit de trouver des contenus explicitement sexuels et violents. Les critères de définition sont fondés sur la classification de la MPAA et de l'ESRB. Les seuils retenus sont 13+, 18+, divisant ainsi les univers en 3 catégories : ceux pour enfants, ceux pour adolescents et ceux pour adultes.
Les quatre activités archétypales retenues par la FTC pour caractériser un monde virtuel sont la création d'avatars, la communication, le divertissement, le commerce en ligne. Si les idéaux types ont le mérite de clarifier les différentes activités, une confusion s'opère entre l'outil et la pratique : par exemple l'esthétique de son avatar est de la communication et du divertissement.
Résultat de l'enquête : il y a un univers virtuel sur sept, spécialement dédié aux enfant où des contenus non appropriés sont accessibles aux mineurs. Le plus intéressant est certainement le support de communication de ces contenus :
- 92.5% de textes
- 1.9% de graphismes fixes (images)
- 2.8% de graphismes animés (animations, avatars)
- 2.8% d'audio.
D'où le premier constat, les contenus inappropriés ne sont pas produits par les éditeurs, mais par les utilisateurs, en témoigne la large sur-représentation du texte, via les chats.
Deuxième constat : dès lors que l'utilisateur s'est enregistré comme un enfant de moins de 13 ans, les contenus ont disparu, grâce à la modération des usages spécifiquement dédiés aux plus jeunes par les outils informatiques de censure des mots ou les modérateurs.
Let's educate
Moralité, les mondes virtuels sont bien plus sûrs que l'Internet multimedia de papa maman, s'ils sont explicitement dédiés aux plus jeunes.Reste que le contrôle de l'accès est fondamental pour pouvoir protéger ses enfants : si l'enfant se connecte dans un monde virtuel pour adulte, il sera exposé à du contenu pour... adulte. Cela va de soit, mais encore faut-il comprendre pourquoi, l'expliquer.
Et justement, les recommandations de la FTC vont dans ce sens , avec une division entre information, contrôle technique et éducation, chose que nous n'arrivons pas encore à penser en France.
Information :
- affichage clair de l'âge minimal requis pour entrer dans le monde virtuel
Contrôle technique :
- Filtres de contenu
- Modérateurs
- Renforcement de la ségrégation par âge, notamment en rendant difficile la possibilité de rentrer une nouvelle date de naissance (à supposer que la première fois soit sous l'autorité d'un adulte responsable)
Éducation :
- les parents ne devraient pas seulement se fier aux recommandations d'âge, ces mécanismes pouvant être contournés
- les mondes virtuels étant basés sur des communications en temps réel, des réseaux sociaux, etc. le contrôle doit être continu, ce qui le rend plus difficile
- dans les mondes virtuel pour adultes, ce sont les utilisateurs qui créent le contenu, l'éditeur étant réduit essentiellement au rôle d'hébergeur . Par conséquent, il est difficile de prévoir le type de contenu.
- Faire comprendre aux enfants que c'est de leur responsabilité de ne pas mentir sur leur âge, pour être protégés.
Conclusion finale :
Les mondes virtuels en ligne offrent aux enfants et aux adolescents des possibilités éducatives, sociales, et créatives. Toutefois, comme d'autres aspects de l'Internet, la jeunesse peut être exposée à des contenus explicites lorsqu'elle participe à ces mondes virtuels. C'est pourquoi les parents devraient se familiariser avec les fonctionnalités offertes par les univers virtuel en ligne de leurs enfants. Pour leur part, les opérateurs doivent s'assurer qu'ils ont des mécanismes en place pour limiter l'exposition des jeunes au contenu explicite dans leur univers virtuel en ligne.
Mazette, ils parlent de responsabilité partagée, et pas seulement celle des parents, en impliquant les éditeurs et les consommateurs, même - re-mazette, les mineurs qui doivent être éduqués.... et responsabilisés!
Pour l'instant en France nous ne sommes qu'au deuxième point (vu que la majorité des mondes virtuels est produite par les anglo-saxons et encadrée par le PEGI) et au premier point, les associations familialistes et les pouvoirs publics se concentrent dans la production de l'information, généralement à bas prix par des procédés de copié-collé des labels en vigueurs (le PEGI) ou de doxa pseudo-scientifique (à forte tendance fonctionnaliste). Précisons tout de même qu'ils produisent des conseils aux parents, mais que ces conseils ne sont pour l'instant que des reproductions du discours de l'information, assimilant éducation à information, bref dépossédant les parents des ressources nécessaires pour juger. Or éduquer n'est pas seulement déléguer le jugement à des autorités non légitimes. Même si au niveau européen, les différentes directives préconisent une éducation aux médias et nouveaux médias, nous en sommes à des années lumières.
Or, pour la FTC, et je partage totalement leur point de vue, informer n'est pas éduquer, car les pratiques, les usages ne sont pas évidents pour le profane, ils doivent être expliqués. Informer sur la limitation de vitesse ne suffit pas à savoir bien conduire. Bref, un rapport intéressant, avec des propositions qui font sens. Aller, on copie-colle chez nous.
Commentaires
Le rapport est conséquent, mais mérite vraiment un coup d'oeil. Je pense le lire complètement pendant le "break" de noël (et puis dans les transports ces temps-ci, on a du temps à investir en lecture !). Merci pour ce petit résumé bien instructif, j'espère qu'il poussera certains à se pencher davantage sur cette étude !
BTW, +1 pour la différence : information/education.