Everyday the same day : les promesses du political game
Par olivier le dimanche 17 janvier 2010, 11:00 - jeux - Lien permanent
Le dernier jeu de Molleindustria, Every day the same day est à la fois très intéressant et très décevant.
Réalisé en 6 jours, le jeu vous propose de vivre la journée d'un employé de
bureau ordinaire. Quand je dis vivre, il conviendrait davantage subir
.
En effet, le jeu témoigne de l'aliénation du travailleur dans le système
capitaliste, notamment dans sa composante mécaniciste. Dépossédé de tout, le
travailleur que vous incarnez est condamné à répéter inlassablement les mêmes
tâches : du levé, aux embouteillages, jusqu'au boulot,

Une vie assez grise servie par un graphisme en noir et blanc, assez froid, et plutôt convainquant. Le lassitude naît, l'apathie généralisée et autres thématiques sont bien transcrites. D'un point de vue gameplay, les grandes limitations (interaction quasi nulle) traduisent bien le déterminisme et le manque de liberté de ce cadre moyen.
Pourtant, ce jeu est pour partie à mes yeux décevant, justement parce que le thème n'est pas assez approfondi et tombe un peu trop dans le cliché néo-marxiste, et dépeint un monde révolu. C'est à dire que cette vision du monde du travail dominé par l'ennui lié à la répétition et la stabilité de son emploi me semble un peu désuète. A moins que ce ne soit une mise au placard généralisée. Ce serait davantage la dimension moins routinière, plus précaire, le stress généré par les objectifs irréalisables qui auraient pu être mis en avant. Même si je crois que la tension réside pour partie entre les deux : une banalisation de la pression mêlée à de l'insécurité.
Autre point,
mieux traité, le thème de la désobéissance. Le joueur a la possibilité de
sortir des rangs (je vous laisse explorer), mais les possibilités ne sont
qu'éphémères. Le système social modélisé par le jeu se caractérise par son
impossibilité de sortie. Enfin, la critique de la modernité, dans sa dimension
ville contre nature, est certes marginale (voir le tableau avec la vache), mais
bien retranscrite, surtout dans la dimension nostalgique d'un passé rural
perdu.
En conclusion, un jeu à la puissance évocatrice indéniable, aux thèmes politiques qui portent à discussion. Le fait même que je puisse éprouver de la déception quant au traitement de certains points est pour moi une preuve de la réussite du jeu. Le message est très fort, très bien articulé avec le gameplay. Mention spéciale à la musique inspirée du stoner rock.
Ce jeu est une preuve indéniable du très grand talent de Molleindustria et de sa capacité à produire des political games de très bon niveau. A quand le passage à la réalisation d'un jeu AAA ?

Commentaires
Très bonne critique, tu mets des mots sur ma pensée.
Je sais, ça fait pas avancé le schmilblik, mais ça me fait tellement plaisir ce genre de papier
Thx. Pour une fois qu'on peut critiquer un jeu sur le fond ^^
Hé Juanito, c'est Every day the same DREAM <3
Au contraire, je trouvais que c'était un jeu sur la faculté des gens à trouver dans la répétition des choses à faire, différentes. Une sorte de jeu sur la contemplation, sur la réapropriation du quotidien et l'oubli du travail.
M'enfin c'est moi hein…