Rock is dead star : Internationale San Diego
Par olivier le lundi 11 janvier 2010, 19:55 - actualité - Lien permanent
Rockstar est bien connu pour ses productions vidéoludiques dont la qualité égale le nombre de critiques et condamnations morales. Pour une fois, ce n'est pas le contenu de leurs jeux qui défraie le microcosme vidéoludique, mais les manières de faire ces jeux. En effet, les femmes des employés de Rockstar San Diego ont écrit une lettre ouverte appelant à changer les conditions de travail de leurs maris.
Les griefs sont nombreux et symptomatiques des problèmes contemporains du travail : dead lines qui se multiplient, impossibilité d'avoir son samedi de libre même pour aller chez le médecin, suppression des semaines de congés, sans parler du climat délétère qui règne entre employés. Conséquences directes : les familles en souffrent et les employés tombent en dépression. Or si les conditions de travaillent n'évoluent pas, une action en justice sera menée.
La lecture des commentaires est d'ailleurs intéressante, puisqu'ils confirment le changement de politique managériale et soulignent que les horaires de boulot oscillent entre 14-16 heures par jour, six jours sur sept. Soit deux fois 35h en une semaine, sans prise des congés payés. Ce même rêve américain dénoncé par GTA IV.... c'est beau. Quant à l'augmentation des salaires, elle est inférieure à l'inflation.
Cet épisode n'est pas sans rappeler celui des EA spouse - mêmes conditions de travail, même initiative par les femmes - et pose encore une fois la question des conditions sociales de production d'un jeu vidéo, déjà dénoncée dans un précédent rapport.
Les conditions de travail décrites ne doivent pas nous faire oublier que le jeu vidéo est une industrie, soumise à des logiques de rentabilité financière qui prennent le pas sur la rationalité de la création d'une œuvre numérique. Et donc, ceci implique l'importation des techniques managériales exogènes opérantes dans les nouvelles techno, services et autres industries créatives.
Pendant ce temps là, en France, un projet de loi est élaboré pour limiter le stress au travail. On devrait faire venir les développeurs pour ressusciter wanadoo éditions ou annexer San Diego.
Affaire à suivre. Mais entre le far west de Red dead revolver et l'every day life au studio, on se demande s'ils ont des scénaristes ou des sociologues....
Commentaires
Je souscris entièrement à l'idée que "Les conditions de travail décrites ne doivent pas nous faire oublier que le jeu vidéo est une industrie, soumise à des logiques de rentabilité financière qui prennent le pas sur la rationalité de la création d'une œuvre numérique."
Néanmoins, la logique propre à la création de l'oeuvre n'intervient-elle pas aussi lorsque cette oeuvre est LE rêve de la plupart des étudiants en informatique, et de plus en plus aussi dans le domaine graphique ? La nature de l'oeuvre produite n'est-elle pas l'un des arguments utilisés par l'industrie pour faire accepter l'inacceptable à ses employés ? Autrement dit, l'industrie pourrait dire "nous ne vous offrons pas que votre salaire, nous vous offrons aussi du rêve, la participation au grand moteur commun de l'émotion et de la nostalgie, est-ce que CELA ne vaut pas quelques sacrifices ?"
Il faudrait peut-être pouvoir creuser un peu plus les dimensions culturelles de ce "militantisme des épouses".
Manuel.
Oui, notamment le côté "passion" et chance de la pratiquer dans un des studios les plus prolixes, alors qu'il y aurait des milliers de personnes qui voudraient être à leur place. C'est beau comment les valeurs romantiques et artistiques ont pénétré le système de prod capitalisme (cf. Boltanski et Chiapello)
Sur les épouses, à mon avis c'est lié à la très grande précarité (studio fermés du jour au lendemain, fus-acs, etc.), la nature même du syndicalisme et de l'action collective aux USA, et plus particulièrement, l'absence de syndicats dans le jeu vidéo - même si l'IGDA défend les intérêts, elle ne fait pas le poids. En passant par les femmes, les employés ne s'exposent pas. En même temps, c'est intéresant de voir les conflits d'intérêt entre le home sweet home idéalisé et le monde du travail. Doit y avoir des tendances culturelles lourdes en oeuvre + évolution du travail (cf. R. Castel).
Pour reprendre Weber, le communisme domestique est en mutation avec la part croissante accordée au travail, l'érosion des espaces et de la temporalité. (j'en parle pour la pratique des MMO et l'addiction si tu te souviens, pour expliquer en quoi un problème social est pathologisé)
En France, ça n'aurait pas de sens, et le droit est quand même plus protecteur du salarié (cf. résultats d'actions aux prud'hommes) et généralement plus respecté.
D'un autre coté il faut voir les crédits de Gear of war. Dans ce cas, les employés sont "fier" des crunch intense. Ils disent même être dans la meilleure boite du monde (en en ayant testé très peu à mon avis)
Beaucoup remercie leur famille d'avoir "supporter" la période de développement...
Le jeux video c'est aussi et surtout le lavage de cerveau de ceux qui les font
@Atomboy : je vais regarder ça!