La pause du vendredi
Par olivier le vendredi 3 septembre 2010, 15:57 - actualité - Lien permanent
Le thème de la rentrée : la pause dans les jeux vidéo, lu ici.
Pour une fois, pas besoin de critiquer la notion et la stratégie politique, sa mise en place suffit en elle-même à émettre quelques réserves quant à sa faisabilité. Non pas qu'une réflexion ne peut être engagée avec les industriels, mais qu'un contrôle des pratiques par l'État serait en pratique irréaliste.
Politique fiction
En bref, la concrétisation d'une telle idée nécessite toutefois de dépasser quelques menus problèmes juridiques - amis juristes, si je me trompe rectifiez-moi.
- l'intervention de l'Etat dans la consommation d'un bien va à l'encontre des directives européennes sur la protection du consommateur. Tout un travail de lobbying pour faire entrer le contrôle des jeux dans l'espace privé doit alors être mis en place, notamment en mobilisant la dimension santé publique (d'où l'intérêt de parler d'addiction comme levier moral et politique) ou sécurité intérieure (quoique si les terroristes jouent, ils restent assez peu menaçants). Passage par hadopi ou via l'arjel? impliquer les FAI? Un beau débat en perspective.
- le contrôle des serveurs est un autre défi : si le serveur n'est pas localisé en France, comment l'Etat va-t-il faire pression? Recours au droit international? Accords transnationaux ? ou système de licence/autorisation des éditeurs ayant droit à diffuser leurs jeux sur le territoire français (avec obligation que les serveurs soient sur l'espace national), comme pour les jeux d'argents en ligne? Remarquez, cela serait un bon moyen de booster les créations françaises, au détriment certes des productions à succès étrangères. A voir si un amendement de la loi Toubon est possible, mais ça serait reconnaître une valeur culturelle aux jeux vidéo, antagoniste avec l'addiction.
Il est loin le temps de restrictions administratives (zonages, etc.) des jeux d'arcade, la dématérialisation des contenus pose de sacrés problèmes de contrôle public.

Les coûts juridiques et techniques d'un tel dispositif semblent a priori trop importants. Si les pouvoirs publics souhaitent cependant s'engager sur cette voie, le vote du budget pour restreindre l'accès devrait être un moment de retour à la raison en ces temps de caisses vides. A l'inverse, le coût de publicité est faible pour les entrepreneurs de cette cause.
GTA V : episode from narcolecptic city / french's cut edition / not extended play
Notons toutefois que la réponse du ministère de la Culture fait preuve de modération et appelle à une étude avant de se lancer dans une lutte contre un secteur industriel transnational, dont les 105 milliards pourraient aisément permettre de lever une armée d'avocats.
Enfin, la rencontre entre les chefs de cabinet et Bobby Kotick devrait être des plus spectaculaire, mais nous révèlerait comment l'industrie est prête à collaborer pour le bien-être du peuple français.
La difficulté par ailleurs réside dans les instances de représentation : le SELL et le SNJV sont trop petits, ce qui nécessiterait de mobiliser tous les adhérents de l'ISFE et de l'ESRB. et d'impliquer les associations de studio de développement.
Enfin, le point d'entrée le plus simple est de convaincre Nintendo, Sony et Microsoft de procéder à un contrôle éditorial des produits français, et de décliner des jeux particuliers pour notre territoire : repenser le gameplay, la durée des missions, le game level, etc. Le retour sur investissement d'une telle localisation (back to the 80s) devrait bien entendu les motiver vu la taille de notre marché intérieur.... A la rigueur, mettre en place un filtre et désactiver des options graphique se code facilement. Cependant, repenser une architecture ludique implique un nouveau jeu in extenso.
Donc un bon plan de communication du "jeu vidéo responsable" semble être la voie du compromis : peu onéreux, peu engageant, n'altérant en rien la pratique et finalement rendant visibles les dispositifs techniques préexistants sur console.