Google games, le colon et le royaume
Par olivier le vendredi 22 juillet 2011, 21:34 - actualité - Lien permanent
Le dernier E3 a été en demi-teinte, la faute pour certains au manque de clarté sur l'avenir du jeu vidéo. C'est sûr qu'entre la tension entre le social game, le mobile et le JV hardware propriétaire, il y a de quoi se poser des questions. Surtout que les derniers chiffres semblent mettre en évidence que le jeu vidéo sur console se dégrade.... Ce qui donne raison à Jesper Juul qui, dans son ouvrage Casual Revolution, considère que la course à la technologie de rendu, le développement des AAA n'est qu'une parenthèse de l'histoire du jeu vidéo. Back to the basics, le jeu vidéo selon pacman n'est donc pas mort.
Pourtant, qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse même si l'histoire des parfumeurs et des flacons est quand même riche en surprises. L'histoire du jeu vidéo est une histoire de plateforme, avec une migration progressive au fur et à mesure de la dématérialisation des contraintes liées au hardware, vers celles du middleware, et enfin du on-line. Nous assistons à la fin de la toute puissance de la console. Cette époque découlant des années 1986 où Nintendo structure le marché via sa nes, cadenasse son accès, fait pression sur toute la chaîne de production. Bref, crée la relation console > éditeur > studio de développement.
Le social gaming et son pendant casual permettent le retour des développeurs, court-circuite les éditeurs, et finalement change le patron au sommet. Ainsi Facebook et Apple, imposant leurs normes, leurs raisons logicielles, leurs logiques économiques. Ton jeu est en flash? Dommage, pas d'iphone ni ipad. Tu veux bénéficier de ma plateforme sociale ? Ok, range tes sous (zynga coins) et adopte ma monnaie virtuelle (facebook coins).
Donc depuis quelques temps Apple et Facebook se coulent de beaux jours, en collectant un droit d'accès à leurs plateformes propriétaires.

Salut, je suis google, le gaming, j'en sais rien, j'y travaille, par contre le business....
Au fur et à mesure de l’imminence de l'arrivée du jeu sur google+, la stratégie économique déployée est des plus intéressantes. Ce ne sont que des spéculations, mais je pense que nous allons assister à une évolution conséquente du jeu social, et plus largement du jeu vidéo.
Le coup est à deux niveaux. Et c'est la beauté du geste.
- Premièrement, Google investit dans Zynga. 100 millions. Pourtant, Zynga est lié corps et âme à Facebook.
- Deuxièmement, Google s'apprête à lancer son service de jeu. Et parce que les développeurs sont VIP, ils auront droit d'y accéder pour 30% de moins que sur facebook.
Donc Google emploie une stratégie au moins à deux bandes.
- Il mise sur la migration des développeurs sur le réseau G+. Ceux qui développent sur Android devraient être intéressés.
- Il crée de la concurrence forte, en lançant une nouvelle plateforme - comme Sega contre Nintendo. Mais propose un el dorado, avec son rabais de 30%. Quand Sega prenait le tout venant, alors que Nintendo contrôlait les contenus via son sceau de qualité, Google joue la carte des coûts. Les temps ont changé, le jeu vidéo est devenue une industrie de masse.
Il colonise et en même temps offre un royaume aux émigrants.
Une fois la migration effectuée, Facebook voit son service de jeu appauvri. Mais Zynga renforce sa position dominante, générant ainsi 50% du trafic de Facebook. Voire plus, avec la concentration massive des joueurs sur le nouveau machin-ville, seul jeu disponible. Donc google contrôle une partie du trafic de facebook, mais ça il s'en fiche.
De nouveaux jeux arrivent sur G+, tirant profit des cercles (à voir plus tard comment ils pourraient réintroduire les premières sociabilités des salles d'arcade, entre pairs et inconnus) et du cross plateforme via Android (coucou Apple, je m'occupe aussi de toi) et Google TV. La communauté se stabilise, le marché est rentable.
Donc d'un côté, google devient éditeur principal du réseau concurrent. De l'autre il est la plateforme concurrente. Si tout va bien, les clauses d'exclusivités seront signées, afin de mieux isoler Facebook.... et de renforcer sa propre position d'éditeur chez Mark.
Pendant, ce temps, du côté des éditeurs traditionnels, seul EA semble être le plus agressif, Ubisoft prend son temps, quant à Vivendi-Activision.... à part virer les gars d'Infinity Ward.... et rester le boss sur PC via Blizzard. Ah, si, un petit dernier arrive, Steam se lance aussi, mais c'est quand même difficile.
Commentaires
Very, very nicely done!