Sur la gamification
Par olivier le jeudi 19 janvier 2012, 14:35 - réflexions - Lien permanent
Quand j'ai entendu parlé de la gamification pour la première fois il y a deux ans, sur les listes de game studies, j'étais un peu sceptique. Encore un concept dans l'effervescence qui entoure les jeux vidéo. Puis j'ai parcouru le fascinant bouquin de Jane McGonigal, qui transpirait l'évangélisation. J'ai adoré le détester tout en détestant l'adorer. Mon point de désaccord était peut-être une simple histoire de marketing. On l'a vendu comme un ouvrage parlant de l'extension du domaine des jeux vidéo, alors qu'en fait Jane ne fait que du role playing avec des outils numériques. Donc pris entre cette envie de croire et une résistance naturelle aux gourous, j'ai décidé de me lancer dans une réflexion sur le terme de gamification au prisme de ce que j'ai pu apprendre du jeu vidéo.
Pour être complètement honnête, à l'activité de réflexion académique s'est ajoutée progressivement une activité de réflexion plus pragmatique : après une expérience en serious game, j'ai eu au plaisir des rencontres de faire du conseil sur des projets ultra sexy pour faire du jeu vidéo autrement ou de l'autrement avec du jeu vidéo. Donc cette série de post sur la gamification traduit un double positionnement (dédicace aux sociologues), mais comme j'aime être bien assis, j'ai essayé de rapprocher les deux chaises, ce qui n'empêchera pas les paradoxes et les contorsions.
La critique, tout d'abord du concept, de son succès, de l'évangélisation. Rare sont les notions qui connaissent un succès aussi fulgurant. Et pourtant rares sont des notions qui relabellisent avec autant de brio des pratiques existantes. Parce que si on regarde bien la gamification est généralement une coquille vide. Pire encore, la gamification n'existe pas, ce qui sera l'objet de la première partie.
Puis une fois la mise à distance effectuée, se pose les conditions d'émergences : comment cette nouvelle offre de service correspond à des attentes. Et là, on voit que la gamification répond à un des enjeux majeurs actuels : la question de l'engagement des publics. Et rien d'étonnant que dans le cadre de l'économie de l'attention, la gamification soit apparue comme le graal. Ce sera l'objet du second article.
Maintenant, dans son fondement, est-ce que la gamification tient toute ses promesses? Non, bien évidemment, surtout si l'on pense le terme du côté du game design. Aussi, après avoir considéré que les faiblesses de la gamification 1.0, nous allons essayer de penser ce que serait la version 2.0 de la gamification si elle osait le game design.
Et tout ceci nous amène à questionner ce que la gamification signifie politiquement. Le dernier post traitera ainsi de la gamification, des algorithmes.
Bien entendu, un sujet sur la gamification appelle aux commentaires, like et
dislike et autres manifestations de votre part
D'ailleurs, ce texte sera
sûrement l'objet d'une réécriture plus sérieuse.
Update : la version PDF pour les liseuses Sur la gamification
- Intro
- La gamification n'existe pas - Sur la gamification (1/4)
- Engagement contre attention deux régimes d’implication des joueurs - Sur la gamification (2/4)
- Si la gamification était vraiment la gamification - Sur la gamification (3/4)
- La gamification comme politique de l'algocratie - Sur la gamification (4/4)
Commentaires
Bravo Olivier, belle analyse ! C'est marrant on est synchro là dessus, j'ai bossé cette semaine sur le terme pour mon mémoire d'HDR. Personnellement je rejoins le positionnement de Bogost, qui conseille de se détacher du terme, plutôt que d'essayer de le redéfinir (ne pas laisser le camp opposé poser les termes du débat). Il sera en effet toujours difficile de se détacher des implications béhavioristes de la notion du fait de la fortune de sa définition première dans les usages. Son analyse sur la rhétorique problématique du mot me semble aussi intéressante (les termes en -iFication...). Je pense vraiment qu'il est nécessaire de forger un autre concept, qui renvoie à une approche non essentialiste des phénomènes ludiques et qui permet de retracer leurs évolutions et transformations à travers une perspective socio-historique (la mutation du jeu et la réappropriation ludique de dispositifs ne date pas d'hier...). Pour cela je préfère parler de ludicisation de mon côté... Bref, on pourra en reparler très bientôt à Metz
!
A+ !
Bonjour Olivier,
Je découvre votre blog et je vous félicite pour votre travail et votre approche que je partage.
Je pense que le terme de Gamification est encore très maladroitement utilisé et beaucoup ont du mal à lui donner une vrai définition. La confusion est souvent faite avec les advergames, les serious games, des jeux concours, etc.
La gamification a du chemin à faire et surtout besoin de temps pour s'installer comme un concept à part entière.
Je pense que les mécaniques de jeux, si elles sont bien maitrisées et exploitées peuvent apporter de très bon résultats.
Amicalement,
Johann