Le compte-rendu des assises du jeu vidéo, 3ème édition est en ligne. en le
parcourant, on découvre les
débats de l'après-midi sur les risques sanitaires liés au jeu vidéo. Un
consensus semble émerger des discussions, du moins se voit affirmer dans le
corps du texte : l'addiction existe, mais il faudrait minimiser
l'impact
.
Si l'affirmation peut sembler anodine, elle marque la naturalisation du concept. Afin de ne pas ressasser les mêmes arguments peu doxa-géniques, je préfère vous faire partager la lecture d'un article de Christopher Lane sur "La surprenante histoire du désordre de personnalité agressive-passive". (Theory Psychology, 2009, vol 19, n°1). Lane entreprend de retracer l'histoire des concepts de désordre de personnalité, plus précisément la "phobie sociale", et ce en s'intéressant aux textes des DSM, la bible des pathologies psychiatriques, aux lettres et débats.
Il apparaît ainsi dans son étude que le DSM est partie d'observations des médecins militaires qui considéraient que certains sujets avaient des difficultés à se soumettre et à exécuter les tâches ordonnées, ceci se manifestant par de l'agressivité. Ce qui est défini comme un comportement en réaction par les médecins militaires sera étonnamment redéfinit comme inhérent à la personnalité (p. 60). par exemple une réaction schizophrénique "qui relève des incidents psychiatriques sporadiques", donc temporaire car réactive, sera requalifiée en schizophrénie, induisant dès lors une disposition comportementale permanente. Plus encore le DSM, en abaissant le seuil de classification des pathologies contribuerait de la sorte à "transformer les barrières entre normal et pathologique" (p. 57), le plus grave étant la diffusion dans la culture populaire.
Se pose donc en plus de la frontière entre le normal et le pathologique, la question du social et de la psyché, à savoir qu'est-ce qui relève de la société, de ses instances de socialisation, son ordre politique, qu'est ce qui relève du moi, et dans une plus large mesure de la liberté individuelle car relative à la sphère privée.