Selon la dernière production scientifique de Douglas Gentile,8,5% des joueurs américains seraient addicts au jeu vidéo. Enfin, là c'est le journaliste qui s'enflamme, car la modération est de mise : présenteraient des signes de comportement addictif.
La méthodologie est simple (p. 2-3): on importe les méthodes du jeu pathologique d'argent (le gambling), on passe un questionnaire inspiré du DSM 4, on fixe un seuil à partir duquel on est considéré comme addict, par exemple 6/11 (comme ça c'est plus que la moitié), on fait tourner le tout à 1178 enfants, par le iais d'un sondage en ligne, et hop, on a la statistique.
Blague à part, et par delà les éternelles réserves sur l'artificialité d'un tel questionnaire et le désintérêt de poser la question de l'échantillonnage - a-t-on un public représentatif ou non - le plus rigolo dans l'histoire est la conclusion du docteur Gentile, en contraste avec le teasing journalistique du titre :
"Ce n'est pas que les jeux sont mauvais", a déclaré Gentile, qui est également directeur de recherche de l'Institut national à but non lucratif sur les médias et la famille (NIMF). "Ce n'est pas que les jeux sont une dépendance. C'est que certains enfants les utilisent d'une manière qui n'est pas équilibrée et ce qui empiète dans les autres domaines de leur vie"
Alors, pourquoi parler d'addiction? Pourquoi pas usage problématique ? Et qu'est-ce qui empêche le déséquilibre, qui régule ?
Les instances sociales, la famille et autre, même si elles ne sont pas explicitement mentionnées. Bon, il y a du progrès! Fait intéressant, D. Gentile ne préconise pas de cure, ce qui est un comble, quand on voit le business à se faire autour du marché de l'addiction au jeu vidéo. Et pire encore, il n'établit pas de lien de causalité, ni même de corrélation ente échec scolaire et jeu vidéo. La notion d'addiction apparaît de moins en moins pertinente.
Heureusement, le journaliste, certainement déçu, donne cadre la
parole de Mark Griffits : "l'addiction au jeu vidéo existe mais dans des
proportions moindres", et pourtant ce dernier conclut par une remarque d'un
pragmatisme certainement déroutant :
En toute honnêteté, s'il y a vraiment 8,5 pour cent des enfants qui sont véritablement dépendants, il y aurait des cliniques de traitement dans toute l'Amérique.
Je me lève et applaudis ce retournement. Pfiou, on va pouvoir passer à autre chose et mon cycle de recherche se termine. Y aura encore des résidus journalistiques et quelques entrepreneurs de cures qui persisteront. L'institutionnalisation n'a pas eu lieu, heureusement que l'amendement 183 a été retiré, on aurait vraiment eu l'air cons en France.., Dommage que certains politiques français croient toujours dur comme fer à l'addiction, il faudra les mettre au courant.
Petite spéculation - prochains rendez-vous des mois à venir pour le jeu vidéo:
- la violence! En plus avec le tout sécuritaire qu'on nous promet, ça va barder.
- la responsabilité des parents, car ça arrange bien tout le monde de leur faire porter le chapeau.
- maintenant direction internet à plein gaz, mais pas ici
Ah oui, dernière remarque offerte par un lecteur de gamepolitics, 8.5% c'est le taux de chômage US. Y aurait-il un lien entre ces deux faits? __
Edit : étude dispo ici. Ou en fichier joint. gentile 2009
Edit 2: pour une critique proche de celle produite sur ce blog voir ici.
Edit 3: David Walsh, a bien aimé l'enquête de Gentile et e la réapproprie. Normal c'est le président de Gentile dans la NIMF.
Edith Cresson, c'est là.