Une dépêche AFP, issue d'un article sur le Dauphiné libéré annonce qu'une nouvelle étude établit des liens entre violence et jeux vidéo. Jusque là, rien de nouveau, Ce qui m'interpelle n'est pas tant le contenu de l'étude, qui postule que la pratique de jeux vidéo violents a des effets sur l'imaginaire des joueurs et les pousse à adopter des comportements violents. Ce type d'approche est très classique, et reproduit la thèse des effets, avec une certaine habileté puisqu'elle se limite au niveau cognitif et ne prétend pas au passage à l'acte. Donc, je ne reviendrai pas dessus, je l'ai déjà fait ici ou sur d'autres espaces.

Non, ce qui m'interpelle est le fait que l'étude soit intégrée dans un dispositif de communication qui va à l'encontre même de certains principes scientifiques. Je ne suis pas là pour défendre une position de la "bonne" science, mais plutôt pour soulever un problème qui me semble central. Communiquer sur une étude est une chose qui peut être légitimée, la science publique est par définition publique et le fait que nos travaux ne soit pas visible et lisible contribue à l'isolement du chercheur - et à l'inverse les ranking et autres critères de notation de l'influence d'un article sont tout autant néfastes. Mais communiquer alors même que l'étude est inaccessible et pour cause, elle n'est pas publiée, met dans une situation extrêmement embarrassante. Autant, lorsque l'équipe de Walsh, Gentile ou Anderson fait de la com autour de ses études, elles sont publiées ou accessibles, donc on peut s'y référer. Autant là, à part des entrefilets on n'a aucune matière pour analyser le protocole d'enquête et les résultats, critiquer la méthodologie. Et par conséquent, on quitte le domaine de la preuve, de l'exigence scientifique pour basculer vers la croyance, la morale et autres.

Dès lors, que retient-on de ce communiqué de presse fabriqué à partir de bribes d'interview (bravo la circulation de l'information...) ? Une sorte de chimère destinée à activer les positions de chacun : Un troll scientifico-moral.

Construction du troll