J'ai découvert cette appellation, ego shooter, à la lecture d'un article sur welt online.

Pour Andreas Rosenfelder, l'ego shooter est un jeu de tir en vue subjective, de type Counter Strike. Un FPS. Le terme a été développé dans son ouvrage Digital paradise, apparemment seulement disponible en langue allemande.

Je trouve cette appellation très bizarre. Très réductrice et en même temps assez bien vue car le jeu sollicite l'ego. Y a quelque chose de pas mauvais dedans, mais qui dénote une rare violence, car le point de vue de la caméra, la première personne, c'est à dire le dispositif technique et ludique, a cédé le pas à quelque chose de plus profond. Ça sent le raccourci rapide, mais l'expression est séduisante.

Ce n'est pas parce qu'on est en vue subjective que nous nous effaçons et sommes touchés en plein ego. Je perds à SF IV ou PES, je me sens blessé dans mon ego. A l'inverse, je perds dans un FPS en multi, étant nul, ça ne me fait rien. Mes potes me chambre, j'endosse le rôle du bon joueur qui y arrive pas aujourd'hui, on s'amuse. Bref, quel que soit le point de vue de la caméra, l'ego est en jeu notamment dans tout type de compétition individuelle.

digital paradise Pourtant, l'ego shooter, de mon point de vue, ne peut être détaché de l'investissement de chacun, de la carrière du joueur, de sa croyance en sa supériorité, bref, du rapport qu'il a à sa compétence ludique. Traditionnellement, la reconnaissance est sociale, mais dans le cas des jeux vidéo, la reconnaissance est opérée par un appareil technique, le jeu, sorte de tiers absent, qui valide et invalide les actions, définit et automatise l'échelle de grandeur.

Le ranking était le graal des bornes d'arcade. Mais, n'oublions pas que le ranking n'avait de valeur que parce qu'il y avait d'autre joueurs pour admirer AAA - 790 000 pts. Une sorte de trophée dans un espace social socialement intéré dans la vie ordinaire de l'individu, la cafet' du lycée ou le bar du coin. Avec le développement du xboxlive et psn, on a cette reconnaissance sociale selon la même logique du ranking, MAIS, la socialisation a évolué, des inconnus, non physiquement présents le voient, mais on ne peut voir leur réaction. Il n'y a pas de lieu de la discussion réel, à part avec ses contacts, il manque quelque chose dans l'exhibition de sa performance.

En somme, une gloire de l'ombre exposée à un monde invisible ou intangible. Bizarre. Peut-être que le Home va changer la donne, la présence matérielle de l'avatar, affublé de titre devrait rendre moins anonyme les compétences de chacun. Ça marche bien dans les MMO. A voir tout de même.


Sinon, dans le même article, Mechthild Ross-Luttmann a préconisé l'interdiciton de Wow aux moins de 18 ans. Pour info, ele est ministre des affaires sociales. Sont marrants ces ministères de l'espace privé. Bon, nous on est en avance avec celui des affaires familiales. Et je ne peux m'empêcher de penser à John Locke qui ne souhaitait pas que le politique administre pas la famille, laisse cette sphère privée comme sphère de liberté. Anecdotique, sûrement, mais tellement symptomatique.