L'émission "ultra"-populaire en Argentine, CQC a fait un reportage
sur l'addiction au jeu vidéo. Au non, pas sur un ton sérieux et dramatisant
europeo-centré. Non, complètement décomplexé et d'une rare qualité
méthodologique.
Le reportage questionne la réalité de l'addiction au jeu vidéo, et interroge
Susanna Calero, psychiatre spécialisée dans les addictions, qui
avance :
Aucun jeu n'est mal. Si nous avons quelque chose dans l'existence, nous
devons le voir d'un autre aspect. Que ce soit quelqu'un qui passe par un état
d'angoisse par exemple, ce sont les conflits dans la maison qui les poussent à
se réfugier, comme ils trouveraient refuge dans n'importe quel autre objet.
(...) le jeu permet de se socialiser, mais quand il y a un usage excessif, la
socialisation n'est plus.
Les psychiatres ont tendance à ne pas considérer les jeux vidéo comme
addictif, ce qui pose la question : pourquoi une partie des
non-psychiatres veulent faire une OPA sur cet objet? L'addiction sans drogue
n'est-elle qu'une pure construction pour faire passer l'addiction dans le champ
de la psychologie et de la psychanalyse ?
Quoi qu'il en soit, le reportage propose à des joueurs de faire du kart et à
des parents sceptiques de faire une partie sur Wii. Et là, c'est le
non-drame : les ados adorent le kart et seraient prêts à en refaire, les
grands-mères s'éclatent à Wii tennis et révisent leurs positions après avoir
pratiqué.
Ok, il y a un biais, la Wii n'étant pas révélatrice des jeux hardcore et
ultraaaaaaaaaaaaaaaaa-violent, comme Counter Strike. En même temps, aller
fragger à CS sans savoir maîtriser une souris, c'est compliqué.
Bref, un reportage très bien fait, complètement didactique et fun. Et après
on dit qu'il n'y a pas de construction sociale, que la culture ne sert à rien.
Le fait de poser la question en terme de violence et d'addiction reflète bien
une intériorisation des valeurs établies. Et qu'un pays d'immigrants européens
ait un autre point de vue illustre la pluralité et la relativité des positions
de nos chers entrepreneurs de morale européens. Et puis quand un peuple a un
rapport aussi fort avec ses psy, dans une approche exploratoire et de
connaissance de soi, faut pas s'étonner qu'ils ne se satisfassent pas de
positions orthodoxes.
Si la France était moins tabou avec ses psy, que la pratique était
socialement partagée:
- les psy auraient suffisamment de boulot pour pas aller à la pêche aux
nouveaux clients
- les pouvoirs publics et les industriels ne prendraient pas le public pour
des cons
- les médias seraient moins pédants et dramatisant, pourraient être plus
profonds et rigoureux sans rajouter une couche de pathos, vu qu'ils sauraient
ce qu'est le pathos.
Y a pas à dire, on est de coincés de la vie :
Bon, j'espère que le nouveau PDG de France télévision recevra l'ordre de
notre président d'importer CQC en France. En même temps, c'est trop violent
comme émission.