La manifestation anti-ubisoft / america's army s'est effectivement déroulée. Deux douzaines de manifestants selon Wired, plus selon les organisateurs. Et sans compter pas les multi-avatars et autres mules.

Deux reportages intéressants, le premier de Wired, assez ironique, relate la faiblesse des slogans, pour ne pas dire leur côté ridicule. La réponse dans le forum de Michael Reagan, directeur de DASW, est à lire et remet en cause ce ton léger. On y apprend que l'American Civil Liberty Union a aussi dénoncé AA... argument d'autorité ! Mais le fondement juridique reste flou. Par contre AA serait un véritable simulateur et donc entraînerait les jeunes américains à l'armée... encore un procès de naturalisation du virtuel...

Le second sur le blog multiplayer.MTV, reste plus neutre.

Un des vétérans de la guerre en Irak, Lockwood a confessé :

C'est définitivement un outil de recrutement, et le fait que ce soit poduit par le gouvernement fédéral et financé par nos impôts, me semble illégal (...) Je ne sais pas exactement quelles sont les lois, mais comme ça été financé par nos impôts on a le droit de dire : arrêtez de prendre notre argent et de l'utilier pour des m!r*@s

Et ce n'est pas le seul à ne pas savoir le fondement juridique de telles allégations. Ubisoft n'en sait pas plus, alors qu'ils auraient pu être tranquilles, sachant que le protocole onusien n'interdit pas la promotion et la propagande militaire... que le recrutement se fait off-line, qu'il y a donc des filtres réels.

Enfin voilà pêle-mêle plusieurs discours, le jeu n'étant qu'un prétexte pour porter d'autres revendications... cristallise les aspirations politiques. Ce n'est pas la première fois que l'entrée du politique dans le monde du jeu prend rapidement la tangente. Les jeux n'intéressent pas tant que ça, mais la portée symbolique les rend séduisants - souvenez-vous l'année dernière les amendements alarmistes du député Depierre sur le jeu vidéo dans le cadre de la loi de la prévention de la délinquance....

Quoi qu'il en soit, cette manif s'est faite dans une certaine candeur, musique, chant, slogans dignes de manifs collégiennes, tout y était pour en faire une fête!

Après tout, la dimension ludique d'une manif, ce côté célébration a déjà été mis en avant par les politistes (notamment Olivier Filleul).

"War is not a game" arboraient-ils sur leurs pancartes. Mais militer est tellement drôle ! Pourquoi s'en priver! D'autant que la manif a suffisamment fait parler d'elle dans le milieu, et que Ubisoft réfléchirait à arrêter l'exploitation de la franchise! Comme quoi, à chaque espace, ces formes de contestations, et la relativité de leur effectivité. Imaginons s'il existait des syndicats, que l'espace était vraiment politique, et non pas seulement économique... la confédération syndicale aurait fait fermer Ubisoft!

Alors que le jeu est un univers hautement compétitif et conflictuel, l'industrie fuit paradoxalement toute remise en cause... ce qui nous en dit long sur les producteurs qui sont de moins en moins issus du monde du jeu vidéo, mais importés des industries traditionnelles et assujettis aux capitalisme financier. Un vrai gamer aurait été piqué au vif, aurait élaboré des stratégies de contre (cast/spell-antiprotest), aurait fourbi ses armes et se serait jeté dans l'arène.

Alors que chez nous, désormais, quand il y a une grève en France personne ne s'en aperçoit.... il suffit d'une poignée de militants pour faire vaciller un géant mondial... La révolution passera par le jeu ou ne passera pas. A moins qu'elle soit enfermée pour toujours dans ces micro-territoires utopiques.


Le rien à voir du jour, les locaux de Sega of America, sont à quelques pâtés de maison! Et leurs locaux sont plutôt pas mal!

sega SF 1

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