Lancé en grandes pompes (au moins du 45), le site pedagojeux.fr est apparu sur le net le 15
décembre dernier.
Le but est simple : informer et sensibiliser les parents et chalands
sur les risques des jeux vidéo. Les thèmes de prédilections seront sans
surprise pour les lecteurs de ce blog : la violence et l'addiction.
Qui est
derrière tout ça ? Une team d'institutionnels et associatifs issue du
forum des droits de l'internet de 2007:
- La Délégation interministérielle à la Famille (DIF)
- la Délégation aux Usages de l’Internet (DUI)
- Internet Sans Crainte
- le Forum des droits sur l’internet,
- l’Union Nationale des Associations Familiales,
- Action Innocence,
- le Syndicat des Éditeurs de Logiciels de Loisirs,
- Microsoft,
- Bayard Jeunesse
- JeuxOnLine.
A première vue, l'initiative est louable, le résultat étonnamment mesuré et
contraste fortement avec la
campagne du ministère de la famille sur les dangers d'internet.
Et pourtant, derrière ce beau pixel glacé, se trame un symptôme de nos
politiques publiques actuelles : comment laisser faire (le marché) tout en
laissant croire qu'on ne le laisse pas faire (qui a dit que je parlais du G20
sur la crise). Ou dit autrement comment trouver un responsable qui ne soit ni
les politiques ni le marché ?
Et là nous arrivons en plein débat idéologique, tant est qu'il puisse
exister. Les deux délégations ministérielles ont des objets a priori
différent.
Le DIF propose de :
Soutenir les familles dans l’exercice effectif de leur autorité et
responsabilité parentales ; leur garantir la liberté de choix du mode de
garde ; aider les pères comme les mères à mieux concilier vie familiale,
vie professionnelle et vie sociale.
Alors que le DUI :
a pour mission de proposer les mesures nécessaires à l'amplification du
développement de la société de l'information au bénéfice de tous et partout.
Créée en juillet 2003, lors du Comité Interministeriel pour la Société de
l'Information (CISI), elle est aujourd'hui rattachée au ministre de
l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
Sa mission est de contribuer à combler le retard numérique de la France et à
la porter sur ce terrain au niveau des pays les plus développés. Son approche
est globale jouant simultanément sur plusieurs leviers complémentaires.
Notamment autour des thèmes suivants : L'accès public à internet ;
L'équipement des personnes ; L'accompagnement des politiques numériques
territoriales ; La sécurité des personnes sur internet en général, et la
protection des mineurs en particulier ; La formation et l'accompagnement
au TIC.
D'un côté on a le ministère de la famille qui veut responsabiliser les
parents et accroitre leur autorité parentale, ce qui en d'un point de vue
libéral (au sens philosophique du XVIIIe) est un gage d'indépendance de
l'individu face à l'Etat, de l'autre on a le ministère de l'économie qui veut
responsabiliser la famille pour émanciper le marché des contraintes du
politique, et ce traduisant une tendance inavoué à un certain minarchisme. Se
substitue petit à petit la figure du citoyen à celle du consommateur dont la
liberté vaut bien quelques vides juridiques.
Les enjeux de sécurité et de responsabilité entre libéralisme et
paternalisme apparaissent au final comme des instruments permettant d'assainir
le marché. Vous me direz rien d'extraordinaire, ni de novateur sous le
soleil : responsabilité à trouver un job (sinon plus de chômage),
responsabilités des parents vis à vis de leur progéniture (sinon on sucre les
allocs), autorité des parents (enfin pas tout à fait, la police de proximité
2.0 est en béta).
Bref, une belle externalisation des prérogatives et ressources de l'Etat. On
charge les individus d'éduquer les enfants, ce qui en soit n'est pas choquant,
la famille est l'instance première de socialisation pour Durkheim. Sauf à
considérer qu'il y a des inégalités sociales, que tout le monde n'a pas les
même capitaux et ressources culturels et économiques capable de forger de bons
citoyens consommateurs.
Mais que les politiques publiques des jeux vidéo cristallisent autant cette
idéologie, c'est finalement assez flatteur pour nous pauvres joueurs. Nous
sommes l'avant garde d'une irresponsabilité généralisée. Me tarde de voir les
procès au TA, où les parents seront attaqués par la police délit de faiblesse
d'autorité parce que leur gosse aura chipé des bonbons à la boulangerie.
Rien de grave, les riches pourront externaliser leur autorité à des boites
privées (ou au grand frère) et contracter des assurances responsabilité petits
cons. Quant aux pauvres, qu'ils nous fassent pas chier. Fallait pas être
pauvre, fallait choisir de faire cadre sup et non ouvrier, qu'ils se plaignent
pas si leur usine ferme, ils n'avaient qu'à choisir une industrie porteuse,
forcer leurs parents à payer des études à l'ESSEC, et surtout ne pas naître
dans un milieu social défavorisé, grosse erreur de leur part.