Les marketing boys sont des gens géniaux, encore plus lorsqu'ils font des
analyses de tendance. Et quand ils s'attellent au jeu vidéo, on atteint des
sommets.
J'ai reçu récemment un superbe rapport sur le jeu sérieux, qui vous propose
un panorama du serious gaming en une dizaine de pages. Confidentialité
oblige, je ne peux pas vous dire de quoi il en résulte, ni qui a osé le
publier.
Alors est-ce que ça vaut le prix?
775 dollars, d'une dizaine de pages, ce qui fait 75 dollars la page, en PDF,
vous imaginez pas le coût de la version papier. Heureusement le numérique est
là pour permettre d'accroitre son public d'acheteurs potentiels.
Pour le contenu, on attendra qu'ils découvrent l'intérêt de la rigueur des
sciences humaines. On apprend au hasard des pages que "grâce au think tank
"serious game initiative", le marché est en train d'être éduqué au serious
game
. Merci qui ? Ahah vous aurez pas.
Première correction de copie :
- on ne confond pas un serious game, d'un monde numérique.
- on ne confond pas une pratique éducative, un usage informatif d'un jeu
vidéo classique, d'un jeu spécifiquement prévu pour éduquer
- leur schéma sur les usages des serious game est imprécis, car les pôles ne
sont pas antinomiques. En même temps, un graphique kawaï, c'est tellement
classe!
Voici donc le test en exclu mondiale:
- Graphisme: 15/20, sobre, un peu trop aéré, mais un beau
choix de couleur pour les graphismes. Par contre le logo de la boite est à
revoir, trop nouvelle angleterre, pas assez punchy
- Jouabilité: 13/20 de courts paragraphes, pourtant, les
phrases sont parfois confuses pour un profane qui n'a pas la culture
vidéoloudique nécessaire.
- Créativité/scénario: 10/20 l'idée de rendre impérieux le
serious game un outil de communication et de publicité est intéressante. Par
contre l'introduction sur la légitimation de cette usage et la tentative de
susciter l'intérêt est mal réalisée, se déchargeant trop facilement sur ses
collègues. La conclusion est trop prévisible.
- Rapport qualité prix: 7/20. Si vous aimez les PDF business
oriented, il est pour vous, surtout si votre boite a décidé de licencier la
standardiste, elle pourra se payer un exemplaire. A plus de 50$ la page,
profitez de l'euro fort.
- Appréciation globale: 11/20 on préfèrera les études
Nielsen, beaucoup plus quantitatives et tellement glamour.
En bon prince/pigeon, vous pourrez lire gratuitement une conférence faite sur le
serious game. Et si vous avez des sous, achetez plutôt le numéro
22 de Médiamorphoses, ''les jeux vidéo, un bien culturel?''. Pour 35 fois
moins chers, vous avez une dizaine d'articles.
Alors un conseil aux industriels, ne claquez pas vos budgets dans des
intermédiaires et prestataires de services surtaxés. Vous avez plein
d'étudiants qui seront ravis de vous faire une étude de qualité au moins
équivalente pour une somme bien plus modique.
Voilà, nouveau slogan: la recherche a un intérêt, elle coûte moins cher que
les audits.
