Rapidement, au détour de mon été chargé, je vous signale la parution d'une série d'articles sur le monde.fr portant sur le serious game, et plus particulièrement des usages journalistiques de ces jeux. Les plus vigilants auront remarqué le superbe changement de rubrique, le JV n'est plus de la technologie ou du loisir mais entre de plein pied dans la rubrique média.

Pourquoi cette mise à l'agenda du thème et ce changement de rubrique ?

Les raisons sont triples :

  • l'appel à projet NKM sur le SG date de plus d'un an, et les premières réalisations sont en cours
  • Ian Bogost sort à la rentrée son livre sur le news gaming, même si en soi l'activité scientifique ne fait plus l'objet de couverture médiatique
  • Le Monde interactif, l'école de journalisme de Lille et Ktm advance se sont associés pour produire justement un serious game.... le sujet est secret, mais vu qu'il sortira fin 2011, soit quelques mois avant 2012, ça sera certainement sur la fin du monde.

En somme, si j'avais pu dire à une époque que le serious game avait pour fonction principale d'autolégitimer les actions des commanditaires... nous avons ici un bel exemple d'effacement progressif de la distance entre l'information et l'auto-promotion de ses nouveaux moyens de faire de l'infotainment, qui pose bien entendu un problème quand à la gestion des sources et la mise en avant d'experts comme caution scientifique (voir les travaux de Gusfield). Même si ici, ce n'est pas tout à fait le cas.

Reste à voir comment ils pourront utiliser le jeu vidéo pour faire passer l'actualité, et surtout comment cela sera perçu par les joueurs, car quand on voit les interprétations multiples et distanciées de jeux aussi subtils que Modern Warfare 2... ou même d'un jeu clairement anti-capitaliste comme McDonald Videogames considéré par certains comme étant un jeu produit par McDo, donc cool et fun... Les univers de référence, le capital ludique inégal des joueurs, va certainement poser de gros problèmes, s'ils ne sont pas pris en compte avant même la conception du jeu. Heureusement, farmville a certainement socialisé les non-joueurs aux interfaces vidéoludiques...et a réactivé les savoirs pratiques acquis dans la pré-adolescence de ces publics.

Les logiques de captation des nouvelles audiences, ce qui est à n'en pas douter le cœur du projet, face à l'hétérogénéité des publics visés (gamer et non gamer, vieux et jeunes, lecteurs du monde et autre, etc.) est un véritable défi pour le futur jeu. Enfin, la question des passages du jeu vers le quotidien en ligne, le "taux de rebond", me laissent dubitatifs et nécessiteraient une réelle étude de long terme sur les pratiques des joueurs, croisée avec leurs pratiques de lecture de presse, et enfin leur capitaux socio-culturels, leur degré de politisation et rapport au politique... étude ce qui sera sûrement à la charge d'étudiants de l'ESJ.

Je vous invite donc à suivre cette série d'articles bien écrits, par un passionné de jeux vidéo, qui ont l'immense mérite de rendre grâce à la branche des game studies.