Pour fêter cette fin d'année, cette citation lumineuse de Howard Becker en
2002, grand sociologue US, qui devrait être sur frontispice de ce
blog :
The “impact” paradigm, in otherwords, has never produced any solid
findingsabout the good or bad effects of arts experiences. In this, it might be
said, it reproduces the findings of generations of work on the effects of
education, which has similarly failed to produce any stable findings about the
efficacy of any particular way of imparting knowledge to young people.
Ferguson a montré la même
chose pour les jeux vidéo. Les discours sur les médias sont reproduits,
inlassablement.
Reste que pour l'addiction, on passe à un stade suivant de catégorisation,
une sorte d'individualisation homogénéisante
, puisqu'il s'agit d'éclater
le public en une somme d'individualités, pour instituer des individus, tous
égaux, tous sensibles et victimes potentielles. Et là, à mon avis, le rôle du
processus d'individuation, en partie lié à une forme particulière du marché
néo-libéral, a un rôle central dans la mesure où on saisit l'individu non plus
comme citoyen mais comme consommateur, esseulé, désocialisé.
Par nature addiction et politique sont
idéalement incompatibles en démocratie où le citoyen est celui tourné vers
le bien commun. L'addiction au jeu vidéo réduit l'individu au consommateur,
d'une pratique privée, tourné vers soi et en aucun cas l'intérêt général. Le
plus mignon est finalement ce discours "techno-romantisme" - revival du
romantisme à la sauce techno. Et si finalement les douleurs de l'âme du
romantique étaient recodées dans le langage contemporain en maladies du
matérialismes?
Reste que ces politiques d'éducation aux médias (de la pathologisation à la bonne
consommation) se positionnent avant tout par rapport aux logiques de
production de marchés connexes, et non par rapport à celles de la chose
publique. Comme quoi les pouvoirs publics ont un rôle central : ils
valident et favorisent l'émergence
de marchés, sélectionnent les enjeux et acteurs légitimes... tout en
donnant la possibilité de valider deux discours quasi-antagonistes :
addiction et serious game. Miracle du
capitalisme ou miracle de Noël, y a pas à dire, ils sont fort les marchands du temple.
Bonne fin d'année à tous, je tiens les paris, que 2010 va être riche en
discours sociaux sur le jeu vidéo. Les compteurs sont
au vert : 68% de jeunes (enfin, sur panel ridicule et
antisociologique) choqués par le jeu vidéo... sans compter les menaces d'un
fait divers. La violence et
l'addiction n'ont pas dit leurs
derniers maux.