Vu sur gamasutra, jugement rendu ici, un cas de violation de propriété intellectuelle intéressant (et racoleur en plus).
Le propriétaire de la boite de strip tease, le Play Pen à Los Angeles, accuse rockstar d'avoir copié son club pour le mettre dans San Andreas, avec son ersatz le Pig Pen.
La décision du jugé fédéral est d'autant plus révélatrice de la volonté de Rockstar de faire de San Andreas une L.A virtuelle :
Ce quartier (East LA), avec tout ce qui le caractérise, relève du but artistique de Rockstar qui est de développer un style cartoonesque parodiant LA. (...) Certainement, la seule manière, et ce d'une façon raisonnable, pour accomplir ce but qui est de recréer une masse critique de l'activité économique et des immeubles qui constitue ce quartier.(trad de mon cru, alors bon.. on est gentil)
Un jugement assez fin et plein de bon sens qui se poursuit avec une certaine ironie qui ferait pâlir les entrepreneurs de morale :
Le jeu San Andreas n'est pas complémentaire du Play Pen ; les jeux vidéo et les clubs de strip tease ne fonctionnent pas ensemble comme une calèche et son cheval, ou pardonnez la comparaison, l'amour et le mariage. Rien n'indique que le public d'acheteur puisse croire que ESS (propriétaire du Play Pen) produit le jeu vidéo, ou a fortiori, que Rockstar est une boite de strip tease.
Et de conclure :
Déterminé, l'ESS fait également valoir que, parce que les joueurs sont libres d'ignorer l'histoire et passer autant de temps qu'ils le souhaitent au Pig Pen, le Pig Pen peut être considéré comme une partie importante du jeu, ce qui conduirait à la confusion. Mais les fans peuvent passer l'ensemble des neuf manches d'un match de base-ball au stand de hot-dog, ceci rend difficilement le Dodger Stadium asimilable à une boucherie.

En même temps, je serai propriétaire du Play Pen, je serais ravi d'avoir une pub dans un GTA, qui de ce fait le consacre comme un lieu mythique. Y a bien des gens qui vont en pèlerinage à Berque depuis les Cht'i....
Ce précédent juridique ouvre toutefois une certaine perspective problématique :
- les producteurs de jeux vont-ils devoir demander aux localités des autorisations de modélisations des rues ?
- une modélisation fictionnelle en 3D est-elle une modélisation photo-réaliste, est-elle soumises aux même restriction que celles encadrant les films, la photo? Par exemple, on se souvient de google street et des visages floutés.
Les jeux de Rockstar interprètent librement les espaces urbains. Oui il y a des points de ressemblance, par exemple l'Empire ou la statue de la Liberté dans GTA4, mais pour autant l'œuvre créatrice est justement cette modélisation libre, inspirée du réel, mais non pas le réel.
J'en appelle aux juristes et avocats urbanistes pour m'éclairer sur ce point : un bâtiment doit certainement être la propriété d'une personne privée ou morale. Jusqu'à quel point peut-on dépeindre le bâtiment ? Doit-on avoir l'accord des musées nationaux pour prendre le Louvre, de la mairie de Toulouse pour photographier le Capitole, de l'Etat français pour les couchers de soleil sur les eaux territoriales ? A priori, il doit bien y avoir des trucs qui relèvent du domaine public, à cause des contraintes des plans d'urbanismes.
Manque plus que Jesus et Dieu fassent un recours pour usurpation d'omnipotence créative et institution fictionnelle d'univers digitaux. Vraiment, une définition juridique du jeu vidéo est pas gagnée quand on voit la pluralité des enjeux et les particularismes des droits nationaux.
Et je ne suis pas sûr que nos autorités compétentes (politiques et industrielles) puissent anticiper, voire même imaginer la multitude des problématiques actuelles. Surtout quand la procédure juridique devient en soi un jeu d'argent.