Le crime du chauffeur de taxi est présenté comme "copycat", c'est à dire une copie d'un crime préexistant.

Problème sémantique, le crime n'a pas de précédents dans la réalité. Tuer dans un jeu vidéo n'a pas les mêmes incidences que dans la vie réelle et n'aura pas les mêmes conséquences pénales; c'est la nature même d'un jeu d'être coupé de la réalité, selon Johan Huizinga.

Qu'importe, le virtuel se naturalise, la pratique du jeu est une réalité. Admettons cette entourloupe sémantique.

Dans ce cas, le meurtre du chauffeur de taxi est-il similaire à ceux de GTA?

Selon le rapport de police, le jeune Thaïlandais est entré dans le taxi, non par force, et une fois dedans a utilisé un des couteaux achetés précédemment, a pris le chauffeur par derrière, glissant l'arme sur la gorge. Le chauffeur s'est rebellé et a sorti une barre de fer; la bagarre a éclaté et mal tourné.

Comment tue-t-on dans GTA ?

On peut effectivement tuer au couteau, dans la rue. On peut effectivement braquer des taxis. Les chauffeurs peuvent avoir des flingues, mais je n'ai jamais vu de barres de fer. Peut-on reproduire la séquence réelle dans le jeu ? Non, pas dans cet ordre. Avons-nous affaire à un "copycat killing", à la fois oui et non. Dans la forme non, dans le fond oui. Une question se pose : si les jeux vidéo s'inspirent du réel, notamment la série GTA, qu'il simule, peut-on considérer qu'un comportement inspiré d'un jeu vidéo, lui-même simulation du réel, puisse être l'unique source d'inspiration ? Et si la réalité était plus triste que cela, voire plus simple. Combien de meurtre de chauffeurs de taxi ont été commis de la même façon? Pourquoi le nier, pourquoi ne pas résoudre le problème de cette insécurité ? Pourquoi ce transfert vers un jeu vidéo, alors que ce meurtre a déjà eu des précédents. Bref, pourquoi ce manque de rigueur si s'en est un?

Le postulat développé dans l'article suppose que le jeu vidéo est devenu un ordre de réalité primaire. La question du système normatif de référence est au cœur du problème: qui est le référent de qui, le jeu ou la réalité, la pratique simulée ou la simulation de la pratique?

Ceci traduit en partie la fascination pour ces nouvelles pratiques, et d'une manière paradoxale comment les autorités qui la condamnent participent de sa naturalisation, de sa banalisation.

En bonus, une pub japonaise / "multiple point of view"


Japanese grand theft auto parody