Lu sur Telegraph, downloadé ici, interview disponible, un jeu amateur fait scandale: Muslim Massacre.

Le jeu propose d'incarner un soldat américain, et de vous lancer à la poursuite de tous les musulmans. Le sujet du jeu est plus que brûlant et surfe a priori sur la vague anti-religieuse. Ce n'est pas le premier à le faire, des productions obscures affiliées à des groupuscules néo-nazi, mettaient en scène le massacre du peuple Juif. A l'inverse, la production arabe Under Ashes vous mettait dans la peau d'un soldat palestinien devant lutter contre l'État d'Israël. Enfin, pedopriest, de molleindustria, vous proposait de diriger des curés et d'abuser des jeunes chrétiens.

Pourtant, avant de se prononcer, jetons un coup d'œil à ce jeu.

Issu des forums de Something Awful, groupe d'anar nihilistes réputés pour leur mauvais goût à la South Park, la première présentation du jeu est accompagnée d'un texte:

Les États-Unis d'Amérique, un leader et un modèle pour tous dans le monde moderne, est en train de prendre des mesures drastiques pour garantir la liberté et la sécurité du monde. Devenu témoin des atrocités des adeptes de l'islam perpétrées maintes et maintes fois, ils ont été décidé que le monde musulman devrait être de la surface de la Terre.

Vous, l'American Hero, vous êtes courageusement porté volontaire pour débarquer dans le Moyen-Orient et veiller à ce qu'aucun musulman, homme ou femme ne soit laissé en vie. Vos priorités sont de rechercher et neutraliser le dirigeant musulman Osama bin Laden, leur leader radical religieux Muhammad Allah et enfin, d'éliminer toutes les cibles que vous rencontrerez sur le chemin.

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Le ton est donné, mais justement, quel est-il ? Entre patriotisme exacerbé et cynisme, le jeu reprends les canons du genre: contre-attaque contre l'envahisseur, idéologie légitimant vos actions, objectifs final de restitution de la paix. Les moyens sont ceux d'un shoot à la 3ème personne, vue de dessus, assez nerveux et bourrin. Somme toute, une référence certaine aux shoots des années 80, avec un style rétro 8 bits.

L'introduction du jeu, assez remarquable, distille un montage du discours sur l'été de l'Union de 2002 de Georges W. Bush. La voix est samplée sur une musique guerrière digne de Contra ou Metal Slug pendant que défile en fond d'écran des articles de presse relatant la déclaration de guerre du Président.

Premier problème technique fondamental, on peut sauter cette intro si l'on appuie sur une touche, ce qui est dommageable, car c'est la partie la plus critique et ironique. Elle met littéralement en scène la dénonciation de la politique étrangère de l'administration Bush et conditionne le reste du jeu.

Car durant le jeu, le gameplay réduit à un shoot basic évacue malheureusement toute référence à la parodie. C'est là que le bât blesse, car le discours cède petit à petit le pas au massacre. Alors oui la violence est exacerbée, les corps explosent, une voix digitalisé de Bush nous assène "let's roll", mais on reste sur notre faim. Enfin l'avatar est un bon pastiche des héros américains, entre le G.I. bodybuildé, avec un drapeau tatoué sur le bras.

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Les derniers niveaux proposent de se battre contre Ben Laden et le prophète, mais je ne suis pas arrivé plus loin que le 4eme niveau, le clavier étant configuré par défaut en QWERTY, les déplacements sont périlleux d'autant qu'on ne peut le configurer. Par contre la réalisation est de bonne qualité, les déplacements sont nerveux, la visée à a souris correcte.

SI le jeu est bien réalisé, il manque de finition quant au discours politique. Mais, est-ce vraiment le but de l'auteur de dénoncer la guerre US? Apparemment, Sigvatr, jeune australien, sévissant déjà dans un comic strip de mauvais goût (electric retard), se positionne comme un artiste nihiliste, peu affecté par la violence et souhaitant choquer avant de dénoncer.

Pour le coup, il a réussi, mais le jeu mélange plusieurs niveaux: un sujet politique brûlant, une critique des autres jeux vidéo (le best-seller call of duty 4 propose aussi de liquider des musulmans et des russes, précédent amorcé avec la série des desert strike), une démarche de création, un hommage aux jeux old-school, etc.

Ce mélange des discours et intentions crée le doute. Si nous ne pouvons accuser le créateur d'être anti-musulman, son œuvre porte à confusion, non pas que le discours soit alambiqué, mais il reste incomplet ou alors trop subtil. Si l'auteur veut combattre les stéréotypes comme il l'entend, il aurait été plus judicieux de les exacerber pour éviter toute confusion. Il faut définir davantage la cible: les Etats-Unis ou les Musulmans. Le doute persiste et rend la lecture difficilement lisible.

Enfin, ce qui me semble une erreur de stratégie de communication: Sigvatr a déclaré ne pas savoir comment interpréter son jeu, mais seulement de lancer en provocation: "it was fun to make et fun to play". Là est toute l'ambiguïté du jeu vidéo, à la fois coupé de la réalité et à la fois outil de communication politique. Le problème étant de choisir un camp, de se réfugier derrière l'argument, c'est juste un jeu, alors qu'on espère des retombées politiques.

Et selon l'auteur, il suffit de rajouter un nom polémique à un jeu classique pour générer un traitement médiatique important. Cette ambiguïté de positionnement dessert complètement le jeu et ouvre la voix à une réception politique violente.

Bref, un jeu politiquement incorrect et incorrectement politisé à essayer, mais à déconseiller aux plus jeunes. Et surtout, il me semble, à tester, débattre et expliquer, là est sa grande faiblesse. Une interview de Sigvatr est en cours. Wait and see. On reste tout de même loin de la profondeur de September 12th de Frasca.

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