Bonjour à tous,
Hier, j'ai été contacté par lemonde.fr et Libération, pour commenter le
traitement médiatique de la tuerie d'Oslo, et plus particulièrement les
premières évocations de la pratique des jeux vidéo par le tueur. Les deux
articles sont disponibles
ici et là.
Pour autant, quelques points d'approfondissement et de précision sont
nécessaires, car je sens déjà poindre les premières critiques. Donc autant
qu'elles se fassent sur une version contrôlée de mes propos ; ici même,
comme un hub vers d'autres zones de texte.
De la folie à l'action politique
Le lien entre jeu vidéo et tuerie est généralement le fait d'un récit de
causalité, notion développée par Deborah Stone. Il s'agit d'établir une fiction
qui met en place une relation causale entre deux éléments, Cette relation
causale a valeur d'explication et de rationalisation d'actes qui sont "hors du
royaume social" pour reprendre Goffman.
Ici la tuerie, difficile à qualifier à première vue, - on accuse les réseaux
islamistes avant de découvrir le suspect - avec des motifs peu clairs ou
acceptables, si tant est qu'un individu normal (au sens de canguilhem puis
foucault) puisse avoir de tels motifs. Ainsi, le jeu vidéo se voit au départ
mis en avant comme facteur potentiel. En impliquant les jeux vidéo, comme
catégorie, on propose un début d'explication, on sort de l'irrationnel et de
l'émotion pour entrer dans l'action politique, sociale et morale. Sans vouloir
entrer dans des débats de psychologie sociale, les jeux vidéo sont des points
de fixation dans le travail de compréhension, voire de deuil, et d'entrée dans
le royaume social, soit le royaume administrable par les hommes en société.
Clinton avait fait cela après Littleton, mais avait tout de même dépêché une
étude au Congrès qui n'avait pu statuer sur le lien de causalité, l'état de
l'art scientifique étant trop peu avancé et contradictoire pour aboutir à une
réponse claire. Il en a été de même pour Erfurt et Winnenden.
L'insuffisance nécessite juste d'aller plus loin et surtout de rester
prudent.
Maintenant, pour qu'une action politique à l'encontre du jeu vidéo soit
entreprise, il faut qu'elle s'inscrive dans des politiques publiques capables
de saisir la question. Télévision et violence, politique de jeunesse, question
de la réglementation de la publicité pour enfants, comme framework au moment
régulatoire des années 1993 aux Etats-Unis. Politique de sécurité du PS avec
Chevènement ministre de l'intérieur, lors des débats sur la violence des jeux
vidéo suivant des faits divers tragiques. J'ai fait un article sur le
traitement politique français de la violence des jeux vidéo qui vient de
paraitre, que je peux donner par mail. Sur le traitement médiatique, celui-là est disponible.