Game in Society

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mardi 12 août 2008

Un shoot de beats pour le fun

I-dose est le buzz du jour depuis que USA today a consacré un article à cette "nouvelle menace du net".

Grâce à ce beau coup de pub, I-doser, le dealeur des drogues numériques m'a eu ; J'ai succombé à la tentation. En quelques clics, comme dans tout bon business, le chaland peut avoir des échantillons gratuits, de la bonne. Un clic, un shoot. Qui te fait plâner direct..Ahah. Mais, et c'est là toute la magie du monde merveilleux du numérique, sans risque. Completly safe, no risk, no consequences.

Is i-doser safe ? Absolutely! I-Doser has been tested on many people of many different age ranges and there has never been an issue with the safety of the I-Doser doses. However, for doses marked "strong or long program doses, it is highly advisable you do not operate heavy machinery or drive under the influence of a strong I-Doser dose. Use it with the same respects you would a doctor prescribed or recreational drug.

Concrètement, ça fonctionne sur le principe du binaural brainwave, une théorie selon laquelle les ondes affectent le système nerveux. Par delà la réalité de la chose, on plâne en plein discours sur l'idéologie de la communication, cette tendance à nier le corps et exalté l'esprit pur. Norbert Wiener, pape fondateur de la cybernétique en témoignait dans son ouvrage Cybernétique et société (The human use of human beings) :

To recapitulate: the individuality of the body is that of a flame rather than that a stone, or a form rather than a bit of substance. this form can be transmitted or modified and duplicated, althought at present we know only how to duplicate it over a short distance. p. 102

I-dose modifierait les pattern, réorganiserait l'équilibre intérieur et produirait de nouvelles subjectivités.

A vrai dire, je reste sceptique. Après usage, j'ai ressenti une gêne après un fix de "alcohol", voire une envie de gerber. Sur "content", j'ai eu un gros sourire tellement le concept me faisait rire. Tout ceci pour dire comment l'effectivité des doses est liée à la prédisposition, voire même à l'apprentissage selon Howard Becker. Rites de passage, apprendre à reconnaître les effets, autant d'étapes décrites dans Outsiders. Rien à dire, tout est fait sur le site pour apprendre à planer en numérique, prédisposer la réception de ce media : gradation des drogues (de douce à hard bits), avertissements, mise en avant de l'effectivité (ne pas conduire en utilisant une i-dose sous peine de... on sait pas d'ailleurs).

Entre hoax et futur proche, le concept en soi est intéressant. D'un point de vue politique, la drogue est bannie car elle transforme le citoyen en drogué, c'est à dire en un individu non assujetti à l'ordre social et incapable de produire un raisonnement rationnel, ou du moins en conformité avec les rationalités admises et permises.

Pourtant, un shoot numérique est présenté comme un pur entertainment, un moment de détente, une sorte de fête forraine mentale. La question qui va revenir sur le plateau est le degré de dépendance. Voire pire d'addiction avec un concept fumeux dans le style "cyber-addiction to cyber-drug". Kimberly Yong ayant déjà sévi en inventant le concept de cyberdépendance, va sûrement intgérer ce phénomène à sa clinique. Business is business, le tout est de créer la croyance sociale et de continuer allègrement dans le procès de naturalisation du virtuel.

I-dose, ou un sacré débat pour nos députés. Après les jeux vidéo qui rendraient drogués... une drogue virtuelle... Je pense qu'on va avoir des débats juridique foisonnants... qui est le dealeur, le concepteur, l'hébergeur, Quelle efffectivité, c'est pareil que les mesages subliminaux ? C'est une drogue sans produit? Mais on peut acheter le produit, c'est un MP3! Avec en ligne de mire une question bien utilitariste : quelle fonction sociale attribuer à i-doze? Une drogue : ban + créations de cliniques! Un nouveau loisir, à développer, investir, décliner. Voire même intégrer dans le monde réel. I-dose "buy baby buy", i-dose for voting, i-dose 'work harder get better". Le rêve du contrôle social transparent, inoffensif, inodore... Reste que les échantillons testés sont assez insuportables et peu discrets.

Un nouvel horizon que Gibson n'aurait pas renié ! De nouvelles subjectiités sont en marche, qu'importe les formes qu'elles prennent, reste à voir comment le politique parviendra à négocier ces virages.

Dernière interrogation : si l'i-dose fonctionne sur les fréquences, comment être sur que mes haut-parleurs soient bien réglés, que la dynamique et la plage soient bien restituées? Risque-t-on une overdose si on utilise un ampli 5.1? Vivement que Steve Jobs sorte son i-pod for i-dose... et qu'il sorte 6 mois plus tard la version 3G, Histoire de s'en mettre un peu plus.

mercredi 6 août 2008

GTA IV : copycat killing ou le procès de naturalisation du virtuel

Le crime du chauffeur de taxi est présenté comme "copycat", c'est à dire une copie d'un crime préexistant.

Problème sémantique, le crime n'a pas de précédents dans la réalité. Tuer dans un jeu vidéo n'a pas les mêmes incidences que dans la vie réelle et n'aura pas les mêmes conséquences pénales; c'est la nature même d'un jeu d'être coupé de la réalité, selon Johan Huizinga.

Qu'importe, le virtuel se naturalise, la pratique du jeu est une réalité. Admettons cette entourloupe sémantique.

Dans ce cas, le meurtre du chauffeur de taxi est-il similaire à ceux de GTA?

Selon le rapport de police, le jeune Thaïlandais est entré dans le taxi, non par force, et une fois dedans a utilisé un des couteaux achetés précédemment, a pris le chauffeur par derrière, glissant l'arme sur la gorge. Le chauffeur s'est rebellé et a sorti une barre de fer; la bagarre a éclaté et mal tourné.

Comment tue-t-on dans GTA ?

On peut effectivement tuer au couteau, dans la rue. On peut effectivement braquer des taxis. Les chauffeurs peuvent avoir des flingues, mais je n'ai jamais vu de barres de fer. Peut-on reproduire la séquence réelle dans le jeu ? Non, pas dans cet ordre. Avons-nous affaire à un "copycat killing", à la fois oui et non. Dans la forme non, dans le fond oui. Une question se pose : si les jeux vidéo s'inspirent du réel, notamment la série GTA, qu'il simule, peut-on considérer qu'un comportement inspiré d'un jeu vidéo, lui-même simulation du réel, puisse être l'unique source d'inspiration ? Et si la réalité était plus triste que cela, voire plus simple. Combien de meurtre de chauffeurs de taxi ont été commis de la même façon? Pourquoi le nier, pourquoi ne pas résoudre le problème de cette insécurité ? Pourquoi ce transfert vers un jeu vidéo, alors que ce meurtre a déjà eu des précédents. Bref, pourquoi ce manque de rigueur si s'en est un?

Le postulat développé dans l'article suppose que le jeu vidéo est devenu un ordre de réalité primaire. La question du système normatif de référence est au cœur du problème: qui est le référent de qui, le jeu ou la réalité, la pratique simulée ou la simulation de la pratique?

Ceci traduit en partie la fascination pour ces nouvelles pratiques, et d'une manière paradoxale comment les autorités qui la condamnent participent de sa naturalisation, de sa banalisation.

En bonus, une pub japonaise / "multiple point of view"


Japanese grand theft auto parody